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General News of Tuesday, 25 May 2021

Source: L’OEIL DU SAHEL

Cameroun : 15 villages menacés de disparition

15 villages menacés de disparition 15 villages menacés de disparition

La résurgence de leurs assauts ont contraint de milliers de personnes à déserter leurs localités.

C'est un fait inhabituel qui a certainement attiré l'attention de tout le monde ce mardi, 18 mai 2021 à la place des fêtes de Tourou. Alors que le préfet David Dador Dibango du Mayo-Tsanaga devrait procéder à la remise des dons de l'ONG Espagnole Zerca y Lejos, une cinquantaine de femmes du troisième âge, gourdins en mains, literies et ustensiles de cuisine sur la tête ; lui réserve un accueil d'un autre genre. Non pas pour recevoir des dons, mais pour exprimer leur mal-être vécu depuis plusieurs mois. À travers ce geste, ces vieilles mamans demandent ni plus ni moins leur protection et la sécurité de leurs vies et biens par les pouvoirs publics.



En effet, dans les villages Goshi, Roum, Toufou, Hitéré, Rigoua, Hidoua, Dalou, Mapa, Lagodja, Lhereng, Ltahou, Zouhoulou, Matsitsia, Gatchena et Dabidalou, les incursions des éléments de la secte terroriste Boko Haram sont devenues quasi-quotidiennes. Dans la plupart de ces attaques, les jihadistes tuent, pillent, brûlent, mais aussi emportent bétails, effets personnels, denrées alimentaires, etc. Sur les 27 localités du canton (pour une population estimée à 70.306 habitants, Ndlr), il est impossible pour la plupart de ces 15 autres villages d'avoir le sommeil à domicile.

Face à ces harcèlements incessants, des milliers de personnes ont trouvé refuge dans les montagnes une fois la nuit tombée. Un nouvel environnement où il faut côtoyer en permanence les reptiles et autres bêtes sauvages. Déjà, on note 3 cas de morsures au serpent. Les moins résilients ont dû se résoudre à quitter pour des zones plus sécurisées : Tourou centre, Mokolo, Maroua, Gouna, Ngong, Lagdo, etc. Excédés par ces agissements intempestifs des combattants de Boko Haram et agacés par l'absence de solutions à leur problème d'insécurité, il y a moins d'une semaine, environ 200 personnes s'apprêtaient à rallier Maroua pour manifester leur colère devant les services du gouverneur de la région. Il aura fallu l'intervention de quelques élites pour les en dissuader.


Pendant ce temps, l'on estime à près de 400 personnes qui ont fui les exactions pour s'établir vers de nouveaux espaces où ils peuvent faire l'agriculture. Surtout que la saison est imminente. Pourtant de l'avis de David Djahaï Kidakou, «De jour comme de nuit, les positions de Boko Haram sont visibles à partir de Toufou et de Goshi, villages camerounais situés à moins de 6 km des bases de Boko Haram de Kotara et Kubu au Nigéria».



Cette désertion massive des populations inquiète Wadaka Sinawa, commerçant au marché de Tourou dont les affaires ont pris un sérieux coup depuis la résurgence des attaques. Car, pour ce quinquagénaire père de 6 enfants, l'essentiel de sa clientèle vient des localités de Goshi, Hidoua, Ltahou et Gachema aujourd'hui sous la coupe des jihadistes. «Cette dernière semaine pour la seule localité de Goshi, au moins 42 ménages ont abandonné leurs maisons pour trouver la paix ailleurs», précise Yakubu du comité de vigilance locale.

Celui-ci s'étonne de l'attentisme des pouvoirs publics à résoudre le problème. «Nous avons identifié tous les points d'entrée de Boko Haram que nous avons communiqué aux autorités. Mais on a préféré renforcer les corridors de transit de marchandises que les entrées de Boko Haram. On nous a demandé de construire les boukarou pour loger les militaires, on l'a fait mais ils n'y sont pas. Figurez-vous que parfois, il faut aller sur la montagne vers 16 heures sinon, la nuit lorsqu'ils aperçoivent les torches braquées, ils pourchassent même sur la montagne. Au-delà des effectifs qui sont faibles, il y a aussi à mon sens un manque de volonté de l'État», explique-t-il.


Lors de la rencontre avec les forces vives locales ce mardi, 18 mai en marge de la cérémonie de remise des dons de l'ONG ZYL, les différentes interventions ont relevé le peu d'attention des pouvoirs publics face à leurs souffrances.

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