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General News of Wednesday, 21 April 2021

Source: Le Quotidien N° 562

Business diplomatique: la farce et la face cachée de Yves Le Drian et du député Nadot

Les multiples prises de paroles du ministre français des Affaires étrangères et du député de la Haute-Garonne suscitent de vives réactions au Cameroun. Dans les salons huppés de Yaoundé, l’on dénonce une immixtion à peine voilée du pays de Macron dans une affaire de droit commun au pays de Paul Biya

La classe politique française se préoccupe depuis quelques années de certaines procédures judiciaires en cours au Cameroun. C’est le cas de l’affaire Vamoulké qui alimente les commentaires sous les chaumières. La dernière actualité sur ce feuilleton remonte au 13 avril 2021, avec la sortie du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian. Il a, en effet, indiqué que la France «suit avec la plus grande vigilance la situation de M. Vamoulke ». Pour lui, «Elle (la France. Ndlr) a pris acte des conclusions du groupe de travail sur les détentions arbitraires des Nations unies et a appelé, à plusieurs reprises, à ce que les droits de M. Vamoulke soient respectés, s’agissant notamment du droit à un procès équitable et des droits de la défense ». Si le membre du gouvernement français précise que sa sortie n’a pas vocation à intervenir dans le processus judiciaire, beaucoup se souviennent que le 4 août 2020, le patron de la diplomatie française a été interpellé, par le député Sébastien Nadot, au sujet de la détention d’Amadou Vamoulké, journaliste et ancien directeur général de la Cameroon Radio Television (Crtv), en détention depuis 5 ans, sous des accusations de détournement de deniers publics.

La lettre du député Sebastien Nadot faisait suite aux conclusions du rapport du groupe de travail des nations unies qui a appelé à la libération immédiate du successeur de Gervais Mendo Ze.

Comme s’ils s’étaient passés le mot, dans une lettre datée du 30 mars 2021, adressée au ministre camerounais de la Justice, celui qui a dirigé la Crtv de 2005 à 2016 a exprimé toute son inquiétude au sujet de sa santé, relevant que ses codétenus avaient été testés positifs au Covid-19. «Monsieur le Ministre, un troisième locataire de la cellule que je partage avec huit autres détenus vient d’être testé positif à la COVID 19 et amené à l’hôpital. Le deuxième est revenu dans notre cellule en étant porteur de sévères séquelles, avec des douleurs étouffantes à la poitrine. Ce dernier nous a rapporté que le premier, qu’il a laissé à l’hôpital, lui a appris que ses poumons étaient endommagés à 40%. Je sais que ce mal mortel m’attend au tournant et pourrait m’emporter, que le pire pourrait advenir et que vous pourriez être amené à redire les mots que vous auriez prononcés en apprenant la mort de Frédéric Ekande (que vous connaissiez pourtant bien), survenue la veille de la fin de ses 12 ans de prison: ‘’ça ne me fait ni chaud ni froid’», a écrit l’ancien directeur général de l’office de radiotélévision du Cameroun.

Velléité d’immixtion française

Pour l’heure, le gouvernement camerounais n’a pas officiellement réagi à ce sujet. Cependant, nombreux sont qui estiment la justice camerounaise reste souveraine et n’a que faire des commentaires maldaroits et condescendants d’un Le Drian qui semble manifestement animé par un néocolonialisme dans lequel il s’en sort plutôt mal. D’ailleurs certains journaux français s’interrogent toujours sur les réels motifs de l’intervention de leur ministre dans une affaire relevant d’un présumé délit de droit commun au Cameroun, et pointent du doigt une ingérence française à peine masquée dans les affaires internes d’un pays souverain. Jusqu’ici, Yaoundé s’est toujours défendu de ne pas céder à une quelconque pression internationale. A l’époque où l’affaire Thierry Michel Atangana battait son plein, l’alors ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary avait évoqué le principe de «souveraineté». Le porte-parole du gouvernement n’avait pas manqué de brandir «le droit international» qui «proscrit l’ingérence de qui que ce soit dans les affaires judiciaires d’un État quelconque.» Avant d’enfoncer le clou : «Aucun État, donc, en application de cette disposition, ne peut se permettre d’exercer la moindre influence sur le système judiciaire du Cameroun.» Un point, un trait ».

Son successeur n’en dira pas moins. Lui qui, dans l’affaire Kamto, en mars 2019, estimera que les jugements de l’Union Européenne et des Etats-Unis sont la preuve d’une méconnaissance des enjeux, des réalités et des faits concernant l’arrestation du président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) et plusieurs de ses partisans, ainsi que de la situation dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest. Pour lui, ces réactions «trahissent une grave velléité d’immixtion à peine voilée et inadmissible, dans les affaires intérieures du Cameroun». L’Upf refuse de s’immiscer dans une affaire de droit commun.

Dans l’affaire Vamoulké, le bureau international de l’Union de la presse francophone (Upf) a levé toute équivoque sur son soutien à l’ex-Dg de la Crtv. «Le Bureau international de l’Union de la presse francophone a découvert avec effarement une lettre ouverte signée d’un certain Alain Massé, pour le compte du Comité international pour la réhabilitation et la libération de M. Amadou Vamoulké, CIRLAV, ayant pour objet : Soutien de l’UPF à la cause du journaliste Amadou Vamoulké. Le Bureau International de l’Union de la presse francophone tient à se désolidariser totalement de cette démarche qui vise à se servir de l’agenda international de l’UPF à des fins inavouées », dément le président international de l’Upf, Madiambal Diagne, dans un communiqué daté du 22 septembre 2019. Pour lui, l’affaire Vamoulké avait fait l’objet de délibérations formelles à deux réunions du Bureau international de l’Upf : la première à Paris, le 22 juin 2017. La deuxième, le 29 mars 2018. Et la position de l’Upf avait été clairement définie. Cette position tient en deux points. Le premier est que, l’ex-patron du média d’Etat est placé en détention provisoire pour une affaire relative à sa gestion d’un bien public. «Il est évident que c’est le manager qui a des démêlées judiciaires. Ce procès n’ayant aucun lien avec sa qualité de journaliste, il n’est pas dans les missions de l’Upf de donner des injonctions à la justice camerounaise sur une affaire relevant d’un présumé délit de droit commun», indique le responsable de l’Upf. Le deuxième point délibérations des réunions de Paris est que les journalistes appartenant à des associations et organisations nationales ou internationales sont libres d’apporter leur soutien, à titre personnel, à M. Vamoulke, mais l’Upf refuse d’être enrôlée dans une campagne qui ne rentre pas dans ses missions de défense de la liberté de la presse et de promotion des bonnes pratiques professionnelles. « Après avoir pris ces résolutions en juin 2017 et réaffirmées en mars 2018, l’UPF avait fait le choix de ne pas rendre publique sa position pour ne pas donner l’impression de jeter en pâture notre confrère Amadou Vamoulke qui se trouve dans une situation personnelle difficile », fait savoir M. Madiambal.

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