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General News of Saturday, 7 November 2020

Source: Actu Cameroun

Axe Nord-Sud: comment la broyeuse Biya a réduit Sadou Hayatou à néant

Après avoir fait le tour de tous les postes stratégiques en moins de 10 ans Je prince de Garoua avait brutalement été mis à l’écart par Paul Biya en 1992.
Lorsqu’il décède à 77 ans des suites de maladie à Genève en Suisse, le 1 er août 2019, Sadou Hayatou a droit à des obsèques officielles les 12 et 13 du même mois, respectivement à Yaoundé et à Garoua (Nord), sa ville natale. Le président de la République, Paul Biya, y est représenté par le ministre de (‘Administration territoriale (Minât), Paul Atanga Nji. Ceux des Camerounais nés en 1990 ou après et qui entretiennent un rapport distant avec la lecture et plus particulièrement avec l’histoire ne le découvriront que grâce au ramdam médiatique qui entoure son décès.

Ce baron issu de la dynastie de Garoua est pourtant le dernier Premier ministre francophone de l’histoire du Cameroun. Paul Biya qui a supprimé ce poste à la suite du coup d’État manqué du 06 avril 1984, décide subitement de le réhabiliter le 25 avril 1991. Il y nomme Sadou Hayatou, alors que son pouvoir est vivement contesté par la rue. L’opposition qui tire les ficelles derrière ces manifestations quand elle n’est pas en première ligne, réclame l’organisation d’une conférence nationale souveraine. Le chef de l’Etat juge celle-ci « sans objet » et lui préfère une Tripartie.

Avec son nouveau Premier ministre nommé en véritable sapeur-pompier, il réussit à faire passer cette pilule à l’opposition et à la société civile. Ces travaux qui se tiennent du 30 octobre au 15 novembre 1991, et au terme desquels le pouvoir propose l’organisation d’élections législatives anticipées – et adopte plus tard en 1996 une nouvelle Constitution -, sont présidés avec maestria par Sadou Hayatou.



Non satisfait des conclusions de la Tripartite, le Social Democratic Front (SDF), qui incarne la branche la plus radicale de l’opposition, boycotte les législatives du 1er mars 1992. Cependant, le Rdpc de Paul Biya ne parvient pas à obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale. La faute au chef du gouvernement, qui est viré de la Primature un mois plus tard et remplacé par Simon Achidi Achu ?

Trahison
D’un point de vue purement politique, Sadou Hayatou a été désavoué, après avoir échoué de faire gagner le parti au pouvoir dans la Bénoué, son département d’origine qui est également le fief de Bello Bouba Maïgari qui venait de reprendre la tête de (‘Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), mais aussi et surtout celui de feu le président Ahidjo, qui y reste populaire. Bello Bouba qui entre à l’Assemblée nationale avec 67 autres membres de son parti, s’affirme désormais comme le nouveau patron politique dans le grand Nord.

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Pour le fragiliser, le parti au pouvoir qui a formé quelques mois plus tard une majorité avec l’Union des populations du Cameroun (Upc, 16 députés) et le Mouvement pour la défense de la République (Mdr, un autre parti dit du grand Nord, 6 députés), n’hésitera pas à faire nommer deux députés de l’Undp dans le gouvernement formé au lendemain de la présidentielle d’octobre 1992. Il s’agit de Issa Tchiroma Bakary et Hamadou Moustapha. Ivre de colère, le président de l’Undp les radiera du parti pour « trahison ».

Ces deux ont pu sauver leurs strapontins en créant, chacun, un parti satellite du Rdpc. Le président du Mdr, Dakolé Daïssala, lui aussi entrera au gouvernement à la même période. Sadou Hayatou qui, entre 1983 et 1992 a occupé tous les postes stratégiques (ministre de l’Agriculture, ministre du Plan-et de l’Aménagement du territoire, ministre des Finances, secrétaire général de la Présidence, puis Premier ministre), ce qui en faisait inéluctablement, côté septentrion, le garant du fameux axe Nord-Sud, lui, a brutalement disparu des écrans radars.

Égérie
Avant lui, seul Paul Biya a eu à peu près un tel parcours dans l’administration camerounaise. Devenu directeur national de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) en 1993 – un poste qui s’est avéré n’être qu’une porte de sortie pour lui -, il a été mis à la retraite en 2008 dans le plus grand anonymat. Étrange fin pour le prince de Garoua qui, après avoir intégré le tout premier gouvernement de la présidence Biya – 22 août 1983 – à seulement 41 ans, en devient l’égérie au plus fort de la guerre qui oppose le nouveau chef de l’Etat, son successeur Ahmadou Ahidjo et ses fidèles, dont un certain Maïkano Abdoulaye, alors ministre des Forces armées.

Avant ce titulaire d’une licence en sciences économiques et d’un diplôme de l’institut des hautes études d’outre-mer à Paris. Beaucoup ont toujours lié ses malheurs à sa proximité avec Ahmadou Ahidjo, qui, faut-il le préciser, a eu comme père spirituel son géniteur, le lamido Hayatou.

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