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xxxxxxxxxxx of Thursday, 18 March 2021

Source: Lemonde.fr

Au Cameroun, le boom des « WhatsApp » locaux

Depuis que la filiale de Facebook a annoncé la modification de ses conditions générales d’utilisation, des dizaines de milliers d’usagers ont migré vers les messageries OnDjoss et Mbuntu.

Les malheurs de WhatsApp font le bonheur des applications concurrentes, grandes et petites. Depuis que la plateforme aux 2 milliards d’usagers a annoncé, en janvier, qu’elle s’apprêtait à changer ses conditions générales d’utilisation, des millions de personnes ont migré vers des messageries alternatives comme Signal ou Telegram. En Afrique, les jeunes pousses en ont également profité. Et au Cameroun, les internautes sont de plus en plus nombreux à échanger sur des applis locales.

OnDjoss, qui signifie « on échange » ou « on discute » en argot camfrançais, est ainsi passé de 90 000 à 150 000 abonnés depuis le début de l’année. Du côté de la messagerie Mbuntu (« ensemble nous sommes plus forts ») et de son réseau social, Dikalo, l’audience a augmenté de 95,8 %, atteignant près de 235 000 utilisateurs en Afrique et dans le .

Envoi de messages écrits, audio et vidéo de plusieurs gigaoctets, groupes de discussion pouvant accueillir 500 personnes et plus, stickers représentant les cultures africaines… Ces messageries sont taillées pour le marché local. Marius Moifo Fonkou, doctorant en histoire à l’université de Dschang (ouest), a découvert OnDjoss en septembre 2020. « Patriotisme oblige », l’universitaire et cinq de ses confrères s’y retrouvent régulièrement dans « Gt Gouvernance », un groupe de discussion où ils dissèquent leurs travaux de recherche sur la décentralisation et la gouvernance locale.

Des serveurs en Allemagne
« Joli décor », « bonne ergonomie », « des fichiers image ou vidéo qui ne pixélisent pas »… Marius Moifo Fonkou ne tarit pas d’éloges sur l’appli. Une chose pourtant le chiffonne : il craint que ses « données se retrouvent ailleurs ». « Aucune garantie n’existe à ce sujet », abonde Salomon N., un autre utilisateur d’OnDjoss, basé à Yaoundé. La question est pourtant cruciale.

Interrogé par Le Monde Afrique, Valère Tchapda, un des cofondateurs de l’appli, assure qu’OnDjoss a été « développé avec des algorithmes de chiffrement assez performants ». « Les communications sont cryptées et sécurisées », ajoute-t-il. Des personnes qui ne se connaissent pas ne peuvent pas voir les numéros des uns et des autres. Mais comment être certain que rien ne filtre ailleurs ? Valère Tchapda répond que les serveurs d’OnDjoss se trouvent en Allemagne, son pays d’adoption, « hors de portée de tous ».

L’Allemagne est également le choix qu’a fait Alain Ekambi, le créateur de Mbuntu et de Dikalo. « La base de notre philosophie est la protection absolue de la sphère privée de nos utilisateurs », insiste l’ingénieur camerounais de 39 ans. Au moment de l’inscription, il n’est pas indispensable d’entrer un numéro de téléphone. Une adresse e-mail suffit, contrairement à WhatsApp. « Quant aux données qui arrivent sur nos serveurs, elles sont cryptées de bout en bout, affirme Alain Ekambi. En clair, on garde le minimum d’information possible, pour la santé de notre système, sans toutefois entrer dans la vie privée. »

La confiance des usagers
A la différence de WhatsApp, les deux entrepreneurs jurent qu’ils ne comptent pas exploiter les données de leurs utilisateurs à des fins commerciales. Si le fondateur d’OnDjoss est discret sur ses futurs projets, Alain Ekambi confie explorer plusieurs pistes pour accélérer la rentabilisation de Mbuntu, sans partage d’informations avec son réseau social Dikalo. Une diversification qui passerait par le développement d’offres de services dans le transfert d’argent, le commerce, la santé, ou encore en dotant les entreprises de moyens de communication interne.

Pour Franklin Tchakounté, expert en cybersécurité, le développement à long terme de ces plateformes sur le plan local passe par la définition de lois spécifiques encadrant et régulant la protection des données et le fonctionnement des data centers. « Chaque gouvernement a la responsabilité de gérer et de contrôler son cyberespace, mais avec pour objectif d’améliorer le cadre de vie de ses consommateurs », dit-il.

Mais est-ce possible dans un contexte africain où certains appareils d’Etat n’hésitent pas à couper Internet pour étouffer les mobilisations ? Que peut-on vraiment attendre de dirigeants qui ont recours à des logiciels espions pour surveiller leurs opposants, des journalistes ou des défenseurs des droits humains ? Autant de questions auxquelles sont confrontés les entrepreneurs et les développeurs qui veulent prospérer sur le continent. Car en Afrique comme ailleurs, la confiance des usagers est la plus importante des données.

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