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General News of Monday, 8 June 2020

Source: 237online.com

Assassinat de Wazizi: la presse otage de l’escalade judiciaire et de la sévérité militaire


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Alors qu’une enquête indépendante est attendue après le décès de notre confrère, l’escalade judiciaire et la sévérité militaire inquiètent la profession.

Le ministère de la Défense a confirmé vendredi 5 juin la mort en détention du journaliste Samuel Wazizi, réfutant des actes de tortures et l’accusant « d’intelligence avec les terroristes », selon un communiqué. Le texte signé du chef de division à la communication au ministère de la Défense, le Capitaine de Frégate Cyrille Cyrille Atonfack, tranche dès l’entame sur la situation du journaliste : Samuel Wazizi est mort. Sur les circonstances de son décès, le communiqué précise qu’après son arrestation le 2 août à Ekona, dans la région du Sud-Ouest, le confrère que l’armée qualifie de « logisticien de divers groupes terroristes » avait été transféré pour exploitation au service central de recherche judiciaire à Yaoundé. Il serait arrivé dans un état fébrile. Conduit à l’hôpital, il est mort quelques jours plus tard, le 17 août 2019, à l’hôpital militaire de Yaoundé, moins de deux semaines après son arrestation. Il n’a subi aucun acte de torture ou sévices corporels, soutient le chef de la communication au ministère de la Défense.

Problème : la hiérarchie militaire est incapable d’en fournir le moindre gage. Le syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc) et l’Association camerounaise des journalistes d’expression anglaise (Camasej) ont tout de suite rejeté cette version des faits. Elle ne serait qu’un tissu de mensonges et une ultime provocation selon Denis Nkwebo, le président du Snjc. Samedi 6 juin, à l’initiative du syndicat de journalistes d’expression anglaise, la manifestation de journalistes qui était annoncée à Yaoundé a été annulée.

Reporter sans frontière (Rsf), dénonce également le décès de Samuel Wazizi. Dans cette jungle d’affirmations, et faute de preuves, comment séparer le bon grain de l’ivraie ? Samuel Wazizi est mort des suites de tortures ou de maladie ? Impossible à ce stade d’avancer la moindre certitude et il faudra probablement encore quelques semaines pour faire toute la lumière sur l’affaire. Dans l’attente d’une enquête indépendante L’un des avocats de Samuel Wazizi, Emmanuel Nkea, se dit sous le choc, tout comme la famille qu’il a rencontré vendredi dernier. L’affaire suivait toujours son cours en justice.

Jusque-là, jamais il n’a été dit que l’accusé était décédé. « J’étais totalement dévasté, c’est une nouvelle très choquante, parce que si on savait que Wazizi était mort on ne serait pas allé en justice. On a eu plusieurs audiences, 14 audiences ! Et on a patienté tout ce temps, on a dépensé notre argent, notre temps, nos efforts et maintenant on nous donne ce genre de mauvaise nouvelle ! Non pas qu’il est mort hier, mais qu’il est mort au mois d’août 2019 quand on avait déjà saisi la justice ! Pendant tout ce temps on a pensé qu’il était vivant ce n’est qu’aujourd’hui qu’on se dit que finalement il est mort avec ce communiqué officiel du ministère de la Défense. »

Mais l’avocat prévient : l’affaire n’est pas close pour autant. La famille réclame une enquête indépendante. « Si Wazizi est mort de cette manière, personne d’autre ne doit mourir ainsi… C’est pourquoi on veut que tous ceux qui sont responsables rendent des comptes. La famille ne veut pas qu’on lâche le dossier. Donc à partir de mardi on va déposer une requête formelle pour demander une enquête indépendante pour connaître les causes de sa mort. »

Après sa rencontre vendredi après-midi avec le chef de l’Etat, l’ambassadeur de France au Cameroun. Christophe Guilhou a annoncé que le président camerounais Paul Biya s’est dit touché par les conditions dans lesquelles est mort le journaliste et annonce des enquêtes. « Nous avons fait part au président Biya de notre vive émotion suite au décès du journaliste Samuel Wazizi. Il a promis de lancer les enquêtes pour faire toute la lumière sur cette affaire », a déclaré le diplomate français à la presse. « Seule une commission d’enquête indépendante pourra faire la lumière sur cette affaire », estime pour sa part Jude Viban, président de l’Association camerounaise des journalistes anglophones. Évoquant des “zones d’ombres”, il se demande notamment « pourquoi le gouvernement n’a pas informé la justice de la mort de [son] confrère ». La confirmation de la mort de Samuel Wazizi contribue par ailleurs à relancer le débat autour de la liberté de la presse au Cameroun. Le dernier cas de journaliste mort dans une prison au Cameroun remonte au 22 avril 2010. Le directeur de publication de Cameroun Express Ngota Ngota Germain, dit Bibi Ngota, était décédé « des suites d’infections opportunistes liées au Vih ».

Une version officielle à laquelle n’a jamais cru sa famille qui estime que le journaliste a été privé de soins appropriés pour son asthme et son hypertension. Pas étonnant donc de voir que sur la carte de la liberté de la presse 2020 élaborée par RSF, le Cameroun figure en rouge, 134e position sur 180, parmi les pays où la situation des journalistes est jugée « difficile ». Reporters sans frontières demande d’ailleurs aux autorités d’ouvrir une enquête sérieuse et indépendante pour faire toute la lumière sur les circonstances ayant conduit à la mort du journaliste camerounais Samuel Wazizi.

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