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Crime & Punishment of Thursday, 4 June 2020

Source: 237online.com

Assassinat de Samuel Wazizi: la hiérarchie militaire s’en trouve fragilisée


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La nouvelle du décès de notre confrère dans les services militaires, soulève une vague d’indignations et de condamnations au Cameroun ainsi qu’à l’étranger.

Le 13 août 2019, Samuel Abuwe Ajiekha, plus connu sous le nom de « Samuel Wazizi », est interpellé par les forces de défense et de sécurité à Buea pour « besoin d’enquête », les autorités lui reprochant d’être « un relais des bandes armées sécessionnistes », selon une source militaire. La trentaine dépassée, Samuel Wazizi animait des programmes dans une télévision à Buea, chef-lieu de la région du Sud-Ouest. Après son interpellation, il a été conduit à Yaoundé où il devait être interrogé. 10 mois plus tard, alors que sa famille et ses avocats ont tenté en vain de le rencontrer, sa mort est annoncée mardi 02 juin, au cours du journal de 20h de la chaine de télévision Equinoxe, basée à Douala. La nouvelle a de sitôt suscité un tollé sur les réseaux sociaux, et vient tacheter l’image déjà trop écornée des forces de défense et de sécurité, au point que la hiérarchie militaire s’en trouve fragilisée.

A en croire le Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc), Samuel Wazizi est décédé à l’hôpital militaire de Yaoundé, où il a été transféré après des mois de torture. «Samuel Wazizi est décédé à l’hôpital militaire de Yaoundé après des mois de torture», affirme le président du mouvement syndical, Denis Nkwebo. « Les journalistes camerounais se sont battus avec beaucoup de courage et de résilience depuis les années 90 pour la liberté d’informer. Aujourd’hui, nous constatons que sous couvert du pluralisme se cachent des pratiques autoritaires nuisibles à l’indépendance journalistique», soutient Faustin Njikam, directeur de publication de l’hebdomadaire Tribune d’Afrique.

Jusqu’ici, ni les autorités militaires, encore moins le gouvernement, n’ont fait de commentaires sur l’affaire. Contactée, une source proche de la hiérarchie militaire a admis que le journaliste Samuel Wazizi a trouvé la mort dans les services de la Sécurité militaire (Sémil) à Yaoundé.
« L’interrogatoire musclé de Samuel Wazizi par nos collègues et les tortures ont conduit à sa mort », confie notre source. Cette dernière n’a toutefois pas précisé où se trouvait le corps de Samuel Wazizi, alors que sa famille et ses avocats poursuivent leurs investigations, fouillant notamment tous les services militaires et morgues de Yaoundé. Sous le couvert de l’anonymat, un responsable du ministère de la Défense qualifie de « sans fondement » les accusations selon lesquelles le journaliste avait été tué suite aux tortures qu’il aurait subies.

Pressions des Ong

Plusieurs Organisations non gouvernementales se déclarent profondément troublés et soulignent« la nécessité d’une enquête rapide, approfondie et transparente sur les circonstances du décès ».«Si des informations sur le décès en détention suite à la torture du journaliste Samuel Wazizi sont confirmées, c’est incroyablement triste. Son cas souligne les dangers auxquels sont confrontés de nombreux autres journalistes, souvent la cible de harcèlement, d’intimidation, de menaces et d’agressions par les forces de sécurité et les autorités», a réagi Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior à l’OngHumanRights Watch. L’on note aussi la réaction du Comité pour la protection des journalistes (Cpj), qui demande au gouvernement d’apporter des clarifications sur le décès de ce confrère. «Le gouvernement camerounais doit se prononcer publiquement. Il doit des réponses à la famille de Samuel Wazizi, à ses collègues et amis, ainsi qu’à la communauté internationale qui continue de demander où se trouve Wazizi…», écrit CpjAfrica. L’avocate camerounaise Michelle Ndoki a également exprimé son indignation. « Voici comment vous savez que vous vivez sous une dictature : un journaliste est arrêté, décède pendant sa garde à vue et les avocats et sa famille sont informés presque un an après. C’est insupportable et on ne peut pas nous demander de continuer à le supporter », écrit la militante du Mrc sur son compte Tweeter. Cette affaire illustre bien que la presse camerounaise vit des heures sombres. Pas étonnant donc de voir que sur la carte de la liberté de la presse 2019 élaborée par RSF, le Cameroun figure en rouge, parmi les pays où la situation des journalistes est jugée « difficile ».

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