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Actualités of Thursday, 8 July 2021

Source: Le Bien public N°14

Armée camerounaise : muette, républicaine frustrée et corrompue

Les paradoxes de l'armée camerounaise Les paradoxes de l'armée camerounaise

A l’image de toutes les autres institutions camerounaise l’armée camerounaise souffre de plusieurs maux sociaux. En effet, une observation attentive de nos forces de défense laisse transparaître une juxtaposition de deux réalités diamétralement opposées. Il s'agit en fait de deux aspects d'une même institution avec à la clé le fonctionnement et des traitements discriminatoires, suivant que l'on soit simple soldat sans parrain ou haut gradé.

Ce cloisonnement institutionnel sur fond de frustrations qui alimente le tribalisme, le clanisme, le népotisme et la corruption, laisse entrevoir un traitement à deux vitesses, à l'image de ce que l'écrivain EZA BOTO de vénérable mémoire décrivait dans un roman intitulé : « Ville Cruelle », avec notamment le découpage de la cité en deux, avec un Tanga nord pour les nantis et un Tanga Sud pour les laissés pour compte. L'armée camerounaise a aussi son Tanga nord et son Tanga sud, avec de part et d’autre, une armée des privilégiés et une autre des laissés pour compte.

C'est tout cela qui peut justifier que l’on assiste de plus en plus à des bruits de bottes clairsemés certes, mais véritablement audibles, rapidement étouffés par le renforcement des sanctions beaucoup plus répressives que disciplinaires. A regarder de près, l’armée camerounaise est devenue une caste sociale terriblement embourgeoisée où on compte des richissimes gradés dont les parcs immobilier et financier se chiffrent à des milliards de francs CFA. Une situation d’autant plus bouleversante pour le citoyen pour qui le métier des armes ne prédisposait guère à ce train de vie ostentatoire. On observe ici une caste de privilégiés où le contrôle et la retraite sont quasiment tabous, où l’insolence, les abus et la corruption sont le lot quotidien et où enfin le sens du devoir patriotique et le culte voué aux hommes a déjà fait son nid. Et pourtant, nos forces de défenses avaient montré leur caractère républicain en plaçant les intérêts de la nation avant les intérêts des individus. Il n’y a pas longtemps, on se souvient que le 6 avril 1984, l’armée camerounaise s’était levée comme un seul homme malgré la multitude des ethnies qui la compose pour défendre les institutions républicaines menacées.

Malheureusement, l’on a assisté progressivement à la décrépitude morale et professionnelle de la grande muette. Des hommes certainement malmenés et aux abois, ont fini par succomber à la déviance de l’accumulation des fortunes diverses. Laissant ainsi plané en défaveur de cause le spectre de la déstabilisation du pays. On a alors vu entre autres, des éléments de nos forces de défense manifester leur mécontentement de retour d'une mission internationale de maintien de la paix en République Centrafricaine, parce que disaiton, ils n’avaient pas eu la totalité de leur légitime rémunération. Plus récemment encore, c'est un autre détachement d'une trentaine de soldats qui bloquaient la voie publique dans la Région de l'Extrême nord, vaste portion du territoire national, où se déroulent de violents combats contre la secte islamiste Boko-Haram, au motif qu'ils étaient lésés dans les mécanismes d'affectation des troupes.

Plus concrètement ils ont évoqué le fait que l'élaboration des listes de ceux qui devaient se rendre en mission internationale, était entachée de favoritisme et que des réseaux mafieux se sont constitués, pour superviser des tractations sombres dans le choix de ceux qui devraient continuellement se rendre dans les zones où il y a des passe-droits, au détriment des autres, exclusivement destinés au GOLGOTHA du septentrion ou ce qu’il est convenu d’appeler ainsi.


Dans la correspondance adressée à leur hiérarchie, « les damnés » de KOLOFATA ont sans ambages annoncé leur intention claire de créer ce qu'ils ont appelé « DES COULOIRS DE SURVIE ». Allez donc savoir ce qu’on fait ici. Analyse faite, plusieurs recoupements permettent de savoir comment et pourquoi on en est arrivé là. La corruption s'est installée de façon croissante dans l'armée camerounaise et telle une gangrène, a entrainé le pourrissement de ce corps qui naguère faisait la fierté nationale. Et tout récemment encore, un jeune soldat vidait son chargeur sur son chef hiérarchique et les populations civiles. Et pourtant, son efficacité et son sérieux légendaire ont amené certains pays africains à envoyer leurs fils à séjourner au Cameroun pour faire leur formation militaire.

On se souvient de la belle époque des promotions Thomas Sankara et autres anciens de l’EMIA de Yaoundé. Et c'est cette bonne renommée qui a suscité l'élan de solidarité affiché par les populations camerounaises pour soutenir nos braves soldats, dans le combat contre Boko-Haram. Des quatre points cardinaux, les citoyens camerounais de tout bord, se sont levés pour apporter à leurs jeunes compatriotes du front, leur indéfectible soutien et reconnaissance. C'est cet amour qui justifie également l'émoi qui a parcouru le peuple camerounais à l'annonce du naufrage d’un navire de l'armée nationale ayant entrainé la mort d'une trentaine de compatriotes, plongeant de nombreuses familles dans le désarroi et la détresse. Parallèlement, et à la surprise générale, on apprenait à travers la version en ligne du journal français « Le Point », la distraction de faramineuses sommes d'argent par des pontes de cette même armée dans des opérations et des transactions dignes de la mafia italienne. Quelle douleur d'apprendre que pendant que nos jeunes petits frères périssent au front pour sauver la mère patrie en danger, d'autres citoyens s'offrent des montres et des sacs à mains de luxe, à coup de milliards que le contribuable camerounais doit payer. On imagine la peine que le petit soldat peut avoir en côtoyant au quotidien la boulimie des hauts gradés de l’armée qui ne font pas dans la dentelle. Quelle tristesse à imaginer que certains officiers se tapent des séjours dignes du Roi Salomon, dans les représentations diplomatiques, jouissant de nombreux avantages non mérités, fruit de la sueur du front de nombreux camerounais.

C'est à se demander pourquoi « l'épervier » ne déploie pas ses ailes de ce côté de la gouvernance nationale, à croire que le rapace a peur de se retrouver comme cible dans ce champ de tir d'un autre genre. Comme quoi la peur des gens qui manipulent les armes est le commencement de la sagesse. Au regard des multiples inégalités qui accompagnent aussi bien les procédures d'admission dans les écoles militaires, ainsi que les paramètres de promotion dans nos forces de défense nationale, il est à craindre pour la stabilité et la paix de la nation. Vivement que l’armée camerounaise revienne à ses vieux amours, c'est-à-dire, la fidélité et l’honneur. Non à la logique de prédation et des passe-droits.

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