Vous-êtes ici: AccueilInfos2021 02 05Article 571531

General News of Friday, 5 February 2021

Source: sputniknews.com

Ambiance électrique au Cameroun: le courant ne passe plus

Ces derniers jours, les perturbations dans la distribution de l’énergie au Cameroun ont été légion. Les coupures d’électricité sont devenues le lot quotidien de la population et des voix s’élèvent peu à peu pour dénoncer une situation aux lourdes conséquences. Elles pointent notamment du doigt le déficit énergétique dans le pays.

Dans sa scierie du quartier Bonamoussadi à Douala, la capitale économique du Cameroun, Pierre Chedjou reprend du service après deux heures d’interruption du réseau électrique. Il est midi et c’est déjà la deuxième coupure d’électricité de la journée.
«Depuis quelques semaines, c’est comme ça tous les jours. On travaille au gré de l’électricité. Et cette situation nous rend la tâche difficile. Non seulement on perd beaucoup d’argent, mais on accuse aussi des retards dans les livraisons», dit-il sans cacher sa colère au micro de Sputnik.
Non loin de cet atelier, dans un magasin attenant, Marie Olivier T. ne sait plus où donner de la tête.
«La semaine dernière, j’ai dû jeter une bonne partie des poissons frais de mes congélateurs parce que tout était pourri. On ne peut plus rien conserver à cause des coupures», fulmine-t-elle.
La situation n’est pas propre à Douala, toutes les villes du pays vivent le même calvaire, même la capitale politique Yaoundé n’y échappe pas.


Il n’est pas rare de constater des coupures qui touchent simultanément plusieurs localités. La plus récente, le 25 janvier dernier, a paralysé Douala et Yaoundé pendant plus de quatre heures. La compagnie nationale de distribution de l’électricité, Eneo, filiale du fonds d’investissement britannique Actis, évoquait un incident majeur survenu sur le réseau de transport.


Le ras-le-bol des consommateurs


De plus en plus, des voix s’élèvent pour dénoncer cette situation. Les gens descendent même dans la rue pour crier leur ras-le-bol devant les locaux d’Eneo, la compagnie en charge de la distribution d’électricité dans le pays. Un collectif de jeunes patriotes et de nationalistes projette une marche dans la capitale le 6 février prochain pour, disent-ils, «dénoncer les coupures intempestives d’énergie imposées au peuple camerounais».

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste. Les récriminations à propos des coupures répétées se multiplient et font le buzz. Il faut dire que ces interruptions d’électricité ont de lourdes conséquences économiques et sociales, souligne Aboudi Otou, journaliste spécialisé dans l’économie camerounaise qui a longtemps travaillé sur les questions énergétiques dans le pays.


«Il est difficile d’envisager une industrialisation sans une bonne qualité de service de fourniture d’électricité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dans la première phase de la vision "Cameroun émergent en 2035", le gouvernement a mis l’accent sur les infrastructures, notamment énergétiques. Mais tous les projets n’ont pas encore été conduits à terme», explique-t-il à Sputnik.


Au-delà des perturbations qui émaillent de loin en loin le réseau, on constate ces dernières semaines une recrudescence de coupures répétées et plus ou moins prolongées.


Dans une récente communication d’Eneo relayée par le site d’information Investir au Cameroun, le directeur général Éric Mansuy revenait sur les raisons de cette situation.


Problèmes de trésorerie


Pour la compagnie, «il s’agit de sérieuses tensions de trésorerie dues à d’énormes impayés, qui nous empêchent d’honorer tous nos engagements vis-à-vis de nos fournisseurs».


«La conséquence la plus visible se traduit par les difficultés rencontrées dans l’approvisionnement quotidien en fuel de nos centrales thermiques, entraînant des délestages sporadiques dommageables pour notre clientèle, et plus globalement pour l’économie du pays», peut-on lire.


En outre, l’entreprise pointe du doigt la chute de plus de 90% de la production de poteaux bois utilisés pour les dépannages. Une baisse occasionnée par la crise sécuritaire dans la région du Nord-Ouest séparatiste, où elle tirait l’essentiel de sa matière première. La compagnie dit néanmoins avoir «saisi les pouvoirs publics, à travers le ministère en charge des Forêts, qui a donné son accord de principe pour l’exploitation durable de certaines réserves d’eucalyptus à l’ouest».


La crise énergétique


Cependant, au-delà de la situation ponctuelle, ces perturbations mettent à nu, précise Aboudi Otou, le déficit énergétique dans le pays.
«La production actuelle se situe autour de 1.400 mégawatts (MW), alors que la demande est autour de 2.000 MW.»


«Il est clair que l’on a un déficit en matière de production. On est encore loin des prévisions. Pour les cas de Douala et Yaoundé en ce moment, les coupures ne sont pas liées au déficit de production mais plutôt à un incident sur la ligne de transport. Les infrastructures sont désuètes et pas adaptées, et le réseau de distribution est vieillissant, avec par exemple des poteaux de bois qui cèdent sous les intempéries», poursuit-il.

Pour pallier ce déficit, l’État envisage de renforcer ses capacités de production hydroélectrique avec notamment le projet de barrage de Nachtigal sur le fleuve Sanaga, dont la première mise en service est prévue pour fin 2022. L’installation délivrera une puissance de 420 MW, de quoi couvrir 30% des besoins du pays. D’après la Banque mondiale, le Cameroun a le troisième potentiel en matière d’énergie hydroélectrique en Afrique subsaharienne, estimé à plus de 12.000 MW.

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter