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General News of Thursday, 29 October 2020

Source: Actu Cameroun

Ambazonie : sur les sentiers de Boko Haram !

L’horreur la plus innommable s’est produite à Kumba dans la journée du 24 octobre 2020. Comme un kyrie eleison sans rédemption, les cris s’élèvent, la colère gronde, la douleur est vive !

Tel à Golgotha, le sous-préfet pleure dans la cour de cette école, désormais lieu de martyr de ces enfants qui ne demandaient rien d’autre que d’acquérir quelques bribes de ce savoir dont ils sont privés depuis près de quatre ans.

L’enceinte du « Mother Frandsca international bilingual academy » est désormais un champ de guerre. L’incarnation, la matérialisation, l’illustration de la plus grande des désolations.

Et à chacun de gémir : pourquoi ? Quelle cause peut justifier qu’on s’en prenne à des enfants ? A qui la faute ? Pendez les tous !

Mais au-delà des émotions, il est désormais clairement établi que, œ qui était parti d’un simple mouvement de revendication pacifique des enseignants et des avocats, a plus que jamais pris les sentiers des mouvements terroristes les plus criminels a l’instar de Boko Haram.

L’horreur la plus innommable s’est produite à Kumba dans la journée du 24 octobre 2020. Comme un kyrie eleison sans rédemption, les cris s’élèvent, la colère gronde, la douleur est vive !

Tel à Golgotha, le sous-préfet pleure dans la cour de cette école, désormais lieu de martyr de ces enfants qui ne demandaient rien d’autre que d’acquérir quelques bribes de ce savoir dont ils sont privés depuis près de quatre ans.

L’enceinte du « Mother Franchesca international bilingual academy » est désormais un champ de guerre. L’incarnation, la matérialisation, l’illustration de la plus grande des désolations.

Et à chacun de gémir : pourquoi ? Quelle cause peut justifier qu’on s’en prenne à des enfants ? A qui la faute ? Pendez les tous !

Mais au-delà des émotions, il est désormais clairement établi que, œ qui était parti d’un simple mouvement de revendication pacifique des enseignants et des avocats, a plus que jamais pris les sentiers des mouvements terroristes les plus criminels a l’instar de Boko Haram.

Un mouvement difficile à identifier, révélateur des angoisses d’une Nation à la construction inachevée
Dans son article intitulé, « Boko Haram et le terrorisme islamiste au Nigeria : insurrection religieuse, contestation politique ou protestation sociale ?», Marc-Antoine Pérouse de Mont-dos écrit : «Au Nigeria, la dérive terroriste du mouvement islamiste Boko Haram interroge le rapport de la violence dite « religieuse » à l’Etat. Cette étude de terrain pose ainsi trois questions fondamentales qui tournent toutes autour de nos propres confusions sur les notions d’islamisation, de conversion, de radicalisation et de politisation du religieux, à savoir

– S’agit-il d’une insurrection plus religieuse que politique ?

– En quoi exprime-t-elle une révolte sociale ?

– En quoi signale-t-elle une radicalisation des formes de protestation des musulmans du Nord Nigeria ?

À l’analyse, H s’avère en l’occurrence que le mouvement Boko Haram est un révélateur du politique : non parce qu’il est porteur d’un projet de société islamique, mais pâme qu’il catalyse les angoisses d’une nation inachevée et dévoile les intrigues d’un pouvoir mai légitimé. ».

A quelques nuances près, les mêmes interrogations et les mêmes observations peuvent être appliquées à la situation que traverse le Cameroun depuis 2016. En effet ce qui est confusément appelée « le crise anglophone » ou « la crise du Nord-ouest et du Sud-ouest », est-elle une insurrection culturelle ou politique ? S’agit-il de revendication pour le retour au fédéralisme ou pour une sécession ? A quoi renvoie même exactement la notion d’anglophonie? Qui sont les leaders et quels sont leurs cahiers de charge? Etc Etc.

Autant de questionnements qui trahissent les tourments d’une nation camerounaise qui a du mal à son édiction, et qui surtout révèlent des conflits de pouvoirs profonds.

Un malentendu colonial et à l’indépendance
Malgré le fait que le Nigeria fut totalement et uniquement colonisé par le Royaume-Uni, il n’en demeure pas moins que le pays fut gouverné comme deux entités juxtaposées, le nord, majoritairement musulman, et le sud, largement chrétien.

Ces deux communautés finirent par se regarder en chiens de faïence, et finalement par s’opposer lors et après l’indépendance. Chacune accusant l’autre de velléités hégémoniques. Ce gui engendra de nombreux mouvements identitaires et communautaires qui n’hésitent pas à recourir à la violence, pour se « défendre ».

Le Cameroun a suivi pratiquement le même sentier au lendemain de la première guerre mondiale, lorsque le pays, ancienne possession allemande, fut partagé aux vainqueurs Anglais et Français. Il s’en est suivi des malentendus quant à leurs statuts, et surtout leurs cheminements vers l’indépendance. Et œ, en dépit de la résolution 1352 de novembre 1959. Toute chose qui conduira à la naissance de diverses mythologies identitaires, dont le plus célèbre actuellement est l’Ambazonie.

Au commencement la justice et l’école comme pommes de discorde
Cette dynamique d’affrontement va trouver comme lieu optimal d’expression : la justice et l’école. En effet, au Nigeria, l’ensemble des mouvements irrédentistes qui vont finir par accoucher de Boko Haram revendiquaient d’une part, l’application de la Charia et l’adaptation de l’éducation aux us et coutumes locales, mais surtout aux enseignements de l’islam. C’est ainsi que parmi les revendications originelles de Boko Haram, l’on avait pêle-mêle : le retrait du darwinisme des enseignements, l’introduction de la théologie, la suppression de la gymnastique voire tout simplement du sport dans le programmes scolaires, l’arrêt des cours aux heures de prières, etc.


Ces revendications vont se transformer plus tard en une négation pure et simple de l’école dite occidentale. D’où l’appellation de « Boko Haram » (l’école occidentale est péché) attribuée à œ mouvement qui a pour nom original Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’Awati Wal-Jihad (Groupe sunnite pour la prédication et le djihad).

Au Cameroun ce qui apparaît aujourd’hui comme un mouvement politico-militaire était au départ un mouvement regroupant les avocats, d’une part et qui revendiquaient l’application de la common law dans les tribunaux des régions anglophones et la traduction des textes de l’Ohada en anglais, et d’autre part les enseignants qui voulaient un meilleur respect de la spécificité culturelle du sous-système éducatif anglophone.

Un grand soutien populaire au départ
La « justesse » de ces revendications, qui ne visaient qu’à sauvegarder et à promouvoir, la spécificité des identités culturelles des populations concernées va recevoir un soutien massif des populations. Au Nigeria comme au Cameroun, les populations vont envahir les rues pour des manifestations, les parents garderont volontiers leurs enfants à la maison afin de boycotter l’école, le clergé va prendre fait et cause, et l’opinion publique va se montrer très largement favorable.

Des erreurs à répétition gouvernementales et des forces de défense
Face cela, les forces de défense et de sécurité du Cameroun comme du Nigeria, fidèles à leur réputation vont opter pour la répression et la violence. C’est ainsi que des avocats seront roués de coups dans les rues et les commissariats de Bamenda, les étudiants de Buea seront roulés dans la boue et certaines violées, les étals de marché saccagés, et des jeunes arrêtés et emprisonnés à tour de bras.

Mais la pire des erreurs viendra du gouvernement camerounais. En effet, alors que quelque semaines auparavant, il était en négociations très avancées avec leurs leaders, le gouvernement du Cameroun va décider le 17 janvier 2017 de dissoudre le consortium anglophone. Dans la foulée, il fera arrêter certains leaders tels que Mancho Bibixy, Agbor Bala et Fontem Neba.

Cette violence des forces de défense qui se sont livrées à des bavures des plus exécrables; doublée aux erreurs à répétition du gouvernement a conduit à une situation pareille à celle que décrit Marc-Antoine Pérouse de Montdos : «aujourd’hui, les militants de Boko Haram sont invisibles et insaisissables. L’exécution de Mohammed Yusuf a fragmenté le mouvement et privé les négociateurs d’un interlocuteur capable de commander ses troupes. Les porte-parole se sont multipliés »

Radicalisation et grand banditisme
Face à la neutralisation des « colombes » des revendications anglophones qui ne demandaient tout au plus que le retour au fédéralisme, l’on a assisté à l’émergence des « faucons », des radicaux qui ne revendiquent ni plus ni moins la sécession.

Pire encore, ceux-ci ont opté pour la lutte armée.

Toute chose qui a favorisé la mise en place d’une économie de guerre qui se nourrit largement des prises d’otages avec paiements de rançons, des rapts et pillages, des trafics en tous genres, des meurtres, et autres activités criminelles. Des pratiques qui sont aux antipodes de l’idéologie originelle des premiers leaders.

La lassitude des populations
Ces exactions vont alors engendrer le ras-le-bol des populations qui ne se reconnaissent plus dans tes actions de leurs anciens « libérateurs », devenus leurs « bourreaux ». «How can you kill those you want to save ? » (Comment pouvez-vous tuer ceux que vous voulez sauver ?) s’écrient les populations.

Ces populations exaspérées ont commencé à coopérer et à collaborer avec les autorités administratives et militaires de « La république », afin de se sortir de la spirale criminelle, où elles ont tout à fait l’impression d’être entre te marteau en l’enclume.

Comme le démontre le succès relatif de la récente rentrée scolaire, la population estime que cette crise n’a que trop duré et qu’il est grand temps de passer à autre chose.

Quand la révolution mange ses propres enfants !
Toute chose qui est de nature à provoquer l’ire des Ambaboys qui ont alors décidé de faire payer tous les « collabos » et de conduire ces populations, même a leur corps défendant, vers la « libération ».

La donne est désormais à la traque des « black-legs traîtres), qu’il faut exterminer, ainsi que leurs proches, à tous les prix. Ce qui n’est pas sans rappeler les agissements de Boko Haram qui passe davantage le clair de son temps à traquer et à tuer les « Mounafiqs » (faux musulmans), qu’à lutter contre tes forces gouvernementales nigérianes.

Comme à Chibok au Nigeria hier, aujourd’hui Kumba au Cameroun, c’est la révolution qui mange ses propres enfants !

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