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General News of Tuesday, 12 February 2019

Source: cameroonvoice.com

Ambazonie: il y a 58 ans, une terrible prophétie a été révélée sur les anglophones

Et l'histoire retint ! Que le 22 janvier 1961, alors que l'on est rendu à 20 jours du référendum qui doit permettre au Western Cameroon (la partie du Cameroun placée sous administration britannique par la Société des Nation-SDN- depuis la fin de la 1ère Guerre Mondiale à laquelle la Grande Bretagne a refusé l'indépendance) de choisir entre le rattachement au Nigeria et le rattachement au Cameroun, le Premier ministre du Nigeria d'alors, El Hadj Abubakar Tafawa Balewa s'adresse aux Camerounais anglophones dans un discours radiodiffusé.

« Rejoignez le Nigéria pour la paix et le progrès, autrement ce seront la pauvreté et les difficultés ». Telle est la recommandation majeure de Sir Balewa ce 22 janvier 1961.

L'Homme d'Etat explique alors que :

« D'une part, vous pouvez choisir la certitude et la sécurité: un statut honorable en tant que partie intégrante d'une grande nation africaine avec votre avenir assuré. Avec le Nigéria, vous pouvez vous attendre à participer au formidable développement économique de notre pays, aux vastes projets visant à développer l'éducation jusqu'à présent au-delà de nos rêves et aux avantages sociaux dont nous commençons à bénéficier…

Si vous votez contre le Nigéria, je ne vois pas comment vous pouvez éviter de vivre une vie de pauvreté et de difficultés, et sous l'ombre constante de la violence que le gouvernement ne peut pas contrôler. Vous vous placerez sous un pays qui a des lois différentes et une attitude complètement différente à l'égard de la vie. ».


Il avait fait sa part, dirait-on aujourd'hui. Car ce qui n'était qu'une propagande électoraliste ne tardera pas à se révéler toute une prophétie.
La preuve, la partie septentrionale du Cameroun Occidental à majorité musulmane et peuhle, qui opte pour le rattachement au Nigeria, choisit de faire partie d'un Etat qui ne deviendra une fédération qu'en 1967, mais le demeurera jusqu'à nos jours, et qui surfera entre démocratie et dictature, élections et pronunciamientos, guerre de sécession et paix, pour finalement devenir une démocratie exemplaire dans une Afrique des dictatures sauvages, même encore éloignée du niveau de certains pays modèles du monde qui ont eux aussi leurs péchés mignons. La perfection n'est pas de ce monde, non ?

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En revanche, et c'est ce qui nous concerne, le Southern Cameroon, s'inscrivant dans la logique des pères de l'indépendance qui luttaient pour l'avènement à la fois de l'indépendance et de la réunification, optèrent pour une large majorité de se rattacher au Cameroun avec lequel ils s'installèrent quelques mois seulement dans un système fédéral, mais qui ne durera qu'un peu plus de 11 années, pour ensuite se muer en un Etat unitaire asphyxiant pour les Southern Cameroonians et près de 12 autres années plus tard en un Etat camerounais simplement, assimilationniste à souhait.

Au regard de la tournure que prennent les choses, avec tout le désamour qui prévaut entre nos frères anglophones et leurs groupes armés séparatistes, d'une part et d'autre part les autorités camerounaises et leurs forces armées depuis l'an de disgrâce 2016, on peut se poser la question de savoir : valait-il vraiment la peine que les compatriotes de l'Outre-Moungo chérissent tant leur camerounité au point de choisir de se remettre avec leurs frères dont ils avaient été séparés quarante ans durant, et qui n'avaient plus les mœurs allemandes qui les avaient réunis entre la formation progressive du Camroun par les Allemands et la fin de la première Grande (sale) Guerre ? Autrement –et c'est la même question, reformulée-, valait-il la peine de faire abstraction des conseils de El Hadj Abubakar Tafawa Balewa ?

Oui, si certains arrêtent de demander à d'autres de déposer les armes -au nom du droit non écrit d'un Etat dans lequel ces derniers ne se reconnaissent plus- à violer leurs droits, et se résolvent à mettre en place les conditions d'un dialogue inclusif et sans condition entre parties en conflit. Non, si comme au Soudan et en Ethiopie à une époque, certains -les mêmes- veulent faire prévaloir la raison du plus fort qui n'est que passion, au lieu de laisser prévaloir la raison... simple!