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General News of Wednesday, 5 August 2020

Source: Actu Cameroun

Amadou Vamoulké : 4 ans déjà sous le rouleau compresseur

Interpellé et jeté en prison au lendemain dé son limogeage de la direction générale de la Crtv, le journaliste, aujourd’hui âgé de 70 ans et souffrant d’une neuropathie sévère, attend encore d’être jugé. Retour sur les péripéties des deux procès qui te concernent.

Un pick-up double cabine de couleur blanche est placé devant le bâtiment qui abrite les bureaux des magistrats du Tribunal criminel .spécial (TCS). A son bord, quatre policiers du Groupement spécial des opérations (GSO), unité spécialisée dans la lutte contre la grande criminalité. Dans le hall du bâtiment, on aperçoit de l’extérieur deux autres policiers de la même unité armés d’impressionnants fusils d’assaut. Ce décor ne laisse planer aucun doute sur la mission des policiers compte tenu des mises en scène connues du TCS : ils sont venus «prendre» une importante personnalité mise en cause pour des faits supposés de détournement des deniers publics. Soudain, trois avocats sortent du bâtiment avec, à leur tête, Jackson Ngnié Kamga, le bâtonnier de l’ordre. Ils s’arrêtent à la véranda.

L avocat général Andre joussi va les suivre. Il demande aussitôt au chauffeur de la voiture des policiers de se placer juste devant la sortie du bâtiment, sans dbute pour masquer autant que possible le visage de la «proie» du jour. Habillé d’une tenue sahélienne sombre, une djellaba, Amadou Vamoulké sort de l’immeuble l’instant d’après et marque un temps d’arrêt devant les avocats. «Est-ce que nous allons ensemble ?», leur dit-il «Nous vous suivons», répond l’un des hommes en robe. Puis l’ancien directeur général de la Cameroon Radio Television (Crtv) engouffre sa grosse stature dans la voiture, qui prend aussitôt la direction de la prison centrale de Yaoundé-Kondengui. Ainsi s’achève son énième rendez-vous avec le juge d’instruction. Nous sommes le vendredi, 29 juillet 2016. Il est exactement 111119 à la montre du reporter de Kalara, seul journaliste présent sur les lieux.

Les deux paragraphes qui précèdent constituent le récit dans votre journal des tous derniers instants de liberté de M. Amadou Vamoulké, vécus en direct. C’était donc il y a quatre ans. Limogé de fa Crtv exactement un mois plus tôt,, le 29 juin 2016, l’ancien DG était placé en détention provisoire au quartier 12 de la prison centrale de Yaoundé-Kondengui. Il y est toujours et son statut n’a pas évolué, aucun des deux procès instruits contre sa personne n’ayant encore abouti. En réalité, les ennuis judiciaires du journaliste avaient démarré près de 18 mois plus tôt, le 17 février 2015. A l’occasion d’un rendez-vous avec le juge d’instruction alors chargé d’instruire le dossier de la Crtv, M.Vamoulké était informé de son inculpation. II lui était reproché d’avoir procédé en coaction avec son prédécesseur et le Trésorier payeur général de Yaoundé au gonflement de l’enveloppe de la redevance audiovisuelle (RAV) reversée à la Crtv en 2005 et 2006.


Sans domicile…

Pour parvenir à la mise en accusation de M. Vamoulké, gestionnaire réputé intègre et rigoureux, ses bourreaux se sont longtemps servis de la rumeur. Cette’ dernière prétend que ce sont les déclarations faites lors de l’enquête judiciaire déjà ouverte contre M. Mendo Ze, prédécesseur du journaliste à la direction générale de la Crtv, qui ont orienté la justice vers ce dernier. Ces prétendues déclarations sont attribuées à Mme Antoinette Essomba, ancienne directrice de la -Cameroon Marketing and Communication Agency (Cinca), la régie publicitaire interne de la Crtv.

Recrutée par M. Vamoulké, Mme Essomba n’a jamais travaillé avec M. Mendo Ze et n’a jamais été concernée par la gestion de la RAV. Sa présence en prison dans le cadre des poursuites engagées contre M. Mendo Ze relève déjà de l’incongruité. Dans le but d’envoyer M. Vamoulké en prison, en dépit de son statut d’inculpé libre, le parquet général près le TCS s’offrira une nouvelle incongruité : il prétend que celui qui vient de perdre’ son posté de DG de la Crtv n’a pas de domicile connu pour demander au juge d’instruction de le placer en détention provisoire. Aucune vérification n’a précédé cette contre-vérité.

L’argument sera utilisé avec succès le 29 juillet 2016. Cela relève de l’inédit, même dans cette juridiction. Et les exemples abondent pour le démontrer. Le TCS avait par exemple inculpé-libre l’ancien directeur général adjoint de la Sodecotton, le Français Henri Clavier, dans l’affaire Iya Mohammed, alors qu’il était encore en fonction.. Malgré sa démission et ses voyages hors du pays (il était même allé en France avant de revenir), il n’a jamais été placé en détention jusqu’à l’issue du procès.

11 faut attendre 11? mois encore, après cette mise au bagne, pour que l’information judiciaire ouverte depuis février 2015 pour ce qui concerne l’ancien DG soit’ clôturée.’Au TCS, la loi impartit pourtant un délai maximal de 9 mois pour une telle enquête. Lui aura attendu près de 30 mois… C’est, heureusement, une réunion du Conseil supérieur de la magistrature ténue le 7- juin 2017 qui donne un petit coup d’accélérateur au dossier.

Promue vice-présidente du TCS, Mme Annie Noël Bahounoui Baændè, qui était juge d’instruction jusque-là, doit boucler le dossier avant de quitter le poste. C’est ainsi qu’elle boucle son rapport d’enquête. Dans cette ordonnance de renvoi servie le 28 juin 2017 à M. Vamoulké, elle décide de le renvoyer en jugement avec, M. Polycarpe Abah Abah, ancien ministre des Finances, et Mme Essomba. L’ancien DG doit répondre devant l’instance de jugement du détournement présumé de la somme d’un peu plus de 3,9 milliards de francs. La coaction avec M. Mendo Ze a vécu.

25 milliards

La programmation de l’affaire pour le jugement public ne tarde pas du fait de l’arrivée d’un nouveau président à la tête du TCS. Ce procès public démarre le 31 août 2017. 11 faut pourtant attendre 14 mois pour que le parquet, qui mène l’accusation, présente enfin ce qu’il considère comme les pièces à convicti an à charge contre l’ancien DG e: ses coaccusés. Le 31 octobre 2018, en effet, le représentant du procureur général communique au tribunal la copie du rapport d’une mission de vérification, effectuée à la Crtv par le Contrôle’ supérieur de l’Etat (Consupe) sur la gestion financière de cette entreprise publique au cours de la période de 2004 à 2005 et, d’autre part, la copie du procès-verbal d’une enquête faite par (a Direction de la police judiciaire dans le prolongement du rapport du Consupe. Il n’y a plus aucun témoin pour soutenir les accusations.

Entre-temps, le 3 août 2017, l’ancien DG a été convoqué par le corps spécialisé des officiers de police judiciaire du TCS. Une nouvelle enquête judiciaire a été ouverte contre sa personne sur la base d’un audit comptable à charge commandé à grand frais par son successeur sur sa gestion. M. Vamoulké doit répondre de prétendues malversations financières pour un montant cumulé de 25 milliards de francs. En février 2018, une dizaine de cadres de la Crtv seront inculpés de détournement des deniers publics et placés en détention provisoire à la suite de cette nouvelle enquête. L’information judiciaire qui s’ouvre alors conclu que M. Vamoulké et une partie de , ses anciens collaborateurs doivent répondre en jugement public pour un détournement supposé de 15 milliards de francs. Ce second procès concernant le journaliste est encore à sa phase initiale aujourd’hui….

Ces accusations qui s’amoncellent vont finir par exaspérer de nombreuses personnalités au Cameroun et à l’étranger auprès desquelles la réputation de gestionnaire intègre de l’ancien DG de la Crtv est totalement assise. Un vaste mouvement de soutien à M. Vamoulké va naître dès fors. Il mobilise le Rédhac, un réseau des défenseurs des droits humains, mais surtout d’anciens DG de l’audiovisuel public africain et francophone. Ces derniers vont appeler.à la remise en liberté de leur homologue.

Mais la justice est sourde devant ces appels qui s’adressent surtout au président de la République. Reporter Sans , Frontières (RSF), organisation non gouvernementale très connue dans la défense de la liberté d’expression, se mêle désormais aussi au combat pour la libération de M. Vamoulké. Des politiques français, notamment des élus, interpellent le pouvoir de Yaoundé devant le caractère grotesque de certaines accusations, mais aussi de l’examen du dossier judiciaire qui se fait quasiment à pat de chenille, d’autant que les audiences se multiplient gratuitement. Le parquet s’y prend à plusieurs reprises pour taire authentifier les pièces qu’il entend faire admettre au tribunal comme preuves des malversations financières alléguées contre l’ancien DG de la Crtv. Le 29 juin 2019, le tribunal finit par décider que M. Vamoulké et ses coaccusés lui’ présentent leurs versions des faits.

Urgence médicale

Pendant onze nouveaux mois, le procès initial concernant le journaliste va se bloquer encore. Incarcéré dans les cellules, du Secrétariat d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie, M. Polycarpe Abah Abah, l’un des compagnons d’infortune de l’ancien DG, n’est tout simplement plus autorisé à prendre part aux audiences pendant tout ce temps. Il est d’ailleurs interdit de toutes visites, y compris de celles de ses avocats. C’est ce qu’il révélera le 28 mai 2020, quand il se présente de nouveau à l’audience-après les pressions des juges sur les autorités pénitentiaires. C’est ce 28 mai là, pour la première fois, que M; Amadou Vamoulké va s’exprimer pour la première fois pour présenter sa défense devant les charges qui pèsent sur lui dans le premier dossier qui le concerne. La suite de son audition reste attendue.

Pour ne rien arranger au sort de l’ancien DG ce dernier attrape une maladie neurologique pouvant conduire à la paralysie de ses jambes, qui nécessite une évacuation sanitaire hors du pays, au regard de la pauvreté du plateau technique focal II le révèle le 9 octobre 2019, au cours d’une audience où son principal coaccusé n’a pas pu comparaître. Le diagnostic a été fait par un neurologue de l’Hôpital central de Yaoundé, puis confirmée par des médecins français, qui demandent tous que des examens complémentaires soient effectués dans un cadre approprié.

La demande de mise en liberté pour cause d’urgence sanitaire, que formule le journaliste, en présentant des garants, est rejetée par les juges. C’est une décision qui accroît les pressions internationales contre le Cameroun. D’ailleurs, RSF, qui a déjà saisi le groupe de travail de l’ONU contre la détention arbitraire au sujet de M. Vamoulké, va soumettre son cas au Rapporteur de l’ONU sur le droit à la santé.

Toutes ces institutions ont déjà conclu que M. Vamoulké est détenu de façon arbitraire, en demandant sa remise en liberté et son accès à des soins de santé appropriés, surtout depuis le déclenchement de la Covid 19. Pour RSF, l’ancien DG de la Crtv est un prisonnier politique. Et il est en danger. Toutes ces interpellations, réitérées à l’occasion du 4è anniversaire de sa mise en détention, sont pour l’instant sans effet.»

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