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General News of Tuesday, 1 September 2020

Source: www.camerounweb.com

Affaire de faux diplôme: Jean Michel Nintcheu enfonce Manaoudou Malachie

Le député SDF affirme que le ministre de la santé a menti sur son doctorat Phd, qui est un faux utilisé pour gavir les échelons dans l'administration et se faire recruter à l'Université de Douala.

L'intégralité de la tribune de L'honorable Jean Michel NINTCHEU

"M. Manaouda MALACHIE A ENCORE MENTI"

Jusqu'où irons-nous décidément avec l'immoralité publique dans ce gouvernement ? Depuis quelques jours, l'opinion publique nationale et internationale est interpelée par des évènements qui, dans une société normale, ne passeraient pas pour être des banalités.

Écoutes et échanges téléphoniques entre des hautes personnalités de la république ; sur ce sujet nous ne perdons rien a attendre la suite. Qui vivra verra. De sulfureuses vidéos qui mettraient en scène de supposés haut commis de l'État; sur ce point précis, on est en droit de se demander si on n'est pas en train de franchir les limites de la vie privée propre à chaque individu. Il s'agit également de cette scabreuse histoire de tentative de recrutement de M. Manaouda Malachie comme enseignant à l'Université de Douala. Sur ce dernier point, loin de moi toute idée d'acharnement quelconque contre le ministre Manaouda Malachie. Mais il y a que cette affaire qui a été portée sur la place publique par des responsables de l'université de Douala, mérite qu'on s'y intéresse de très près à cause de l'extrême gravité des faits.

LES FAITS :

M. Manaouda Malachie diplômé de l'Enam, haut commis de l'État, Ministre de la santé publique voudrait se faire embaucher comme enseignant assistant à l'Université de Douala dans le cadre du recrutement spécial de 70 enseignants titulaires de Doctorat ou PhD. Il serait titulaire d'un Doctorat PhD en sciences politiques.

De forts soupçons de tricherie, de faux et usage de faux pèsent sur l'authenticité de son diplôme de Doctorat PhD en Sciences politiques.

LES QUESTIONS:

D'abord en relation avec sa fonction actuelle :

1- Le Ministre de la santé publique en exercice peut-il être en même temps enseignant dans une université ? Ma réponse est oui. Une fois que je l'ai dit, je me rends compte que ce cumul sera extrêmement difficile a partir du moment où les cours seront dispensés à Douala et que le Ministre a ses bureaux à Yaoundé.

2- Étant Ministre de la santé publique et compte tenu du contexte actuel de crise sanitaire, il est ou devrait être logiquement très absorbé par la lutte contre la pandémie de covid-19 avec tout ce que cela comporte comme gestion des fonds alloués qui se chiffrent à des dizaines de milliards de FCFA. À ce titre, il devrait essayer d'apporter des réponses claires aux différents enquêteurs des services spécialisés de l'État sur la gestion de ces fonds du covid car les camerounais attendent toujours de savoir à quoi les milliards ont servi.

3- Par ailleurs, il devrait continuer à s'occuper des autres maladies qui tuent les camerounais. Le choléra qui flambe. Les patients qui souffrent d'insuffisance rénale et qui grèvent parce qu'ils n'ont pas leurs 2 à 3 séances de dialyse hebdomadaire et pour cause, pas de kit de dialyse. Il devrait également s'occuper des malades porteurs du VIH qui vont développer des résistances, car ils ont interrompu leur traitement pour cause de rupture d'anti-retroviraux. Il devrait également s'occuper de la lutte contre les hépatites virales qui sont en passe de devenir un fléau dans notre pays. Il est appelé à veiller en permanence à la disponibilité de l'insuline pour les diabétiques. Il devrait accentuer la lutte contre la mortalité de la mère et de l'enfant qui est un sujet si cher à la première dame Chantal Biya, épouse de son "créateur".

Bref il devrait s'occuper de façon globale de la santé des camerounais, mission difficile qui lui incombe au sein du gouvernement. Au vu de tout ce qui vient d'être énuméré comme préoccupations, je me ravise totalement et je dis avec certitude: Non, le Ministre de la santé publique du Cameroun en pleine crise sanitaire et même en dehors de toute crise ne peut pas donner des cours à l'université de Douala. Enfin, sauf s'il démissionne de ses fonctions actuelles.

Autres questions cette fois-ci en rapport avec les cours qu'il veut dispenser à l'université de Douala :

1- M. Manaouda Malachie peut-il donner des cours à l'université de Douala ? Ici la réponse est Non. Tout simplement parce qu'il a dépassé l'âge limite légal prévu pour le recrutement à ce poste qui est de 45ans. M. Manaouda Malachie a 47ans.

2- Autre question tout aussi pertinente que les autres : en dehors de l'âge légal requis pour accéder au poste d'enseignant à l'université, M. Manaouda Malachie peut-il donner des cours à l'université de Douala aux étudiants de la Faculté des sciences juridiques et politiques ou de ceux de la Faculté des lettres et des sciences humaines ? Ici la réponse pose de sérieux problèmes car d'après les responsables de l'Université, M. Manaouda Malachie n'est pas ou ne serait pas Docteur dans la mesure où il n'a jamais obtenu le Doctorat qu'il prétend et que ce doctorat ne bénéficie d'aucune équivalence. Plus encore dans son dossier il n'a présenté aucun DEA ou autres diplômes universitaires qu'on obtient avant le Doctorat. Sur le Doctorat querellé,
le problème doit être clairement posé et les réponses devraient être simples. Que M. Manaouda Malachie mette à la disposition du public:

- le nom de l'Université qui a délivré son Doctorat.

- Le lieu où s'est déroulée la soutenance.

- Le sujet de sa thèse.

- Son Directeur de thèse ainsi que la composition du jury.

A l'heure de la mondialisation et du savoir universel, une thèse doctorale est le produit d'une recherche qui est par la suite mise à la disposition de tout le monde. Ce qui est très curieux et fort surprenant est que les moteurs de recherche auxquels j'ai pu moi-même avoir accès ainsi que diverses investigations menées ne montrent absolument rien de sérieux aussi bien en ce qui concerne l'Université qui lui aurait délivré le diplôme que la thèse ou autres éléments pouvant affirmer que M. Manaouda Malachie est titulaire d'un Doctorat. Il y a plus grave. Se réclamant par le passé être une école supérieure privée américaine, l'université qui aurait délivré le "Doctorat" à M. Manaouda Malachie à savoir la Madison International Research Institute n’a jamais obtenu une accréditation du Bureau des écoles privées de commerce du Département Education de l’Etat de Delaware. Cet organisme à savoir la Delaware Department of Education – Office of the Private Business & Trade Schools est l'institution qui attribue des agréments aux écoles supérieures privées dans cet État. M. Manaouda Malachie ne peut donc ne pas donner des cours à l'université. Il n'a ni les qualités encore moins le bagage requis. Son recrutement comme enseignant à l'université de Douala serait totalement irresponsable de la part de cette institution car tous les diplômes obtenus d'un enseignant qui n'a ni qualité ni titre pour dispenser les cours aux étudiants ne seront un jour ou l'autre sanctionnés de nullité. Il y a lieu par ailleurs de s'étonner du silence assourdissant du Ministre de l'enseignement supérieur le Pr Jacques Fame Ndongo qui, pour des raisons de vérifications et d'équivalence, a suspendu il n'y pas longtemps la soutenance de thèse d'un camerounais et l'a autorisée par la suite après les vérifications d'usage en la matière. Pourquoi ce silence assourdissant alors qu'il dispose d'un parcours académique tracé et traçable. Est-ce du fait de la solidarité gouvernementale ? Comment justifier le mutisme du Ministre de l'enseignement supérieur sur ce scandale perpétré dans son domaine de compétences? La solidarité gouvernementale ne saurait tout justifier. La communauté des étudiants, la communauté des Docteurs ainsi que la communauté des Professeurs attendent la réaction du Ministre de l'enseignement supérieur. Elles veulent l'écouter à propos de ce scandale qui implique l'enseignement supérieur dans son ensemble. Il s'agit ici de dénoncer tous les fraudeurs et autres imposteurs qui veulent assassiner l'enseignement supérieur au Cameroun. C'est une exigence de morale publique, un devoir de morale républicaine. Cette affaire a dépassé le niveau du Cameroun, car elle concerne l'université et par conséquent tous les sachant et les apprenants du monde entier. Une sanction exemplaire doublée d'une mise en garde ferme s’impose. Il y va de la crédibilité et de la promotion de la morale dans nos institutions universitaires, Temples du savoir. Et partant de la crédibilité même du Ministre de l'enseignement supérieur, Grand Chancelier des ordres académiques. Quand on veut enterrer un pays, il suffit tout simplement de tuer son école. Pour tuer son école, il suffit de mettre des imposteurs et des fraudeurs comme enseignants.

Devrait-on pour autant s'arrêter à ce niveau ? Bien sûr que non, à partir du moment où cette affaire extrêmement grave interpelle notre conscience collective et questionne fondamentalement la morale publique en vigueur au sein de l'appareil gouvernemental. Il y a quelques semaines la Prof. Nalova Lyonga du ministère des enseignements secondaires a annulé des épreuves des examens officiels pour fraude. Ces épreuves ont été reprises et les fraudeurs ont été sanctionnés. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, à partir du moment où M. Manaouda Malachie a menti sur l'existence et l'authenticité de son doctorat, sa sanction doit être impitoyable du fait de sa fonction. OUI IL A MENTI. La preuve est que j'ai pu constater que la CRTV, média à capitaux publics, n'inscrit plus depuis quelques jours sous son nom "Dr Manaouda Malachie" mais tout simplement "Manaouda Malachie". Le titre de Docteur qui précédait son nom a disparu. Il est donc désormais établi que non seulement M. Manaouda Malachie a menti mais plus grave, il a fraudé. Ce qui est une infraction grave dont les sanctions sont prévues par le Code pénal. En attendant d'être poursuivi par les parquets de la République, il doit dans l'urgence déposer sa démission du gouvernement. Il est totalement indécent de le maintenir au gouvernement.

Sur un tout autre plan, il est constant que ce faux diplôme a de toute évidence fortement influencé sa promotion au sein de l'appareil d'État puisque ses deux récents postes occupés sont celui de Secrétaire général du ministère de la santé publique (donc le patron de l'administration de ce département ministériel) et celui de Ministre de la santé publique. Qu'est-ce qui peut expliquer ce laxisme criard dans la vérification des CV avant la promotion de tout responsable au sein de la haute élite gouvernante de notre pays ? Comment a-t-il pu passer entre les mailles de tous les filets de surveillance ou de vérification des parchemins brandis par les postulants à diverses fonctions étatiques ? Toutes ces interrogations mises ensemble sont la preuve manifeste des collusions mafieuses diverses ayant conduit à son ascension dans l'appareil gouvernemental. L'objectif de ses parrains tapis dans l'ombre étant de mieux le tenir dans le cadre des rétributions et autres retro-commissions, une fois en poste. On peut ainsi aisément comprendre un pan important de ce qui s'est passé dans la gestion scabreuse des fonds covid-19. Ainsi que ce qui se tramerait sous cape avec la Couverture maladie universelle où des mafias seraient en train de s'activer déjà autour de la cagnotte 1300 milliards de FCFA prévue à cet effet. Plusieurs sociétés écrans seraient déjà à l'affût.

Il devient urgent de vérifier dorénavant les diplômes et titres des ministres car dans toute démocratie sérieuse, toute décision prise par un ministre qui a menti ou fraudé est susceptible d'être frappée du sceau de l'illégalité et de la nullité. Il devrait logiquement en être ainsi de tous les actes signés jusqu'ici et portant la mention "Dr Manaouda Malachie".
Un ministre est un référent social parce qu'il occupe un poste régalien de premier plan dans la République. L'enfant qui va à l'école doit avoir pour miroir de devenir ministre. Le référent social doit de ce fait être un modèle qui encourage la probité morale et le culte de l'effort. Un ministre ne saurait se faire appeler "Docteur" alors qu'il ne l'est pas. Un ministre n'usurpe pas un titre, comme si être Ministre était une tare dans la société camerounaise. M. Manaouda Malachie a pourtant fait l'ENAM, nous dit-on. A-t-il honte d'être un produit de cette école? Sinon comment comprendre son attitude de vouloir à tout prix être Assistant dans une Université après avoir été diplômé de l'ENAM? En France où nous avions copié cette école, on obtient le plus souvent le Doctorat dans une université avant de chercher par la suite à entrer à l'ENA. Au Cameroun, c'est le contraire. On préfère avoir sur sa carte de visite "Dr" plutôt que "Diplômé de l'ENAM". Curieux tout de même.

Pour terminer, quand on occupe de hautes fonctions, on se doit surtout de respecter les camerounais. En pleine forfaiture, un ministre doit s'excuser. C'est le minimum requis quand on a du respect pour ses concitoyens. Jusqu'à ce jour, il ne s'est pas excusé sur ce scandale. Encore moins exprimé dessus.

Si M. Manaouda Malachie refuse de s'expliquer sur cette affaire de faux diplômes, le Premier ministre, Chef du gouvernement auquel appartient le mis en cause, doit expliquer aux camerounais comment un ministre peut usurper un titre et être toujours membre de son gouvernement. En tant que Député de la Nation, j'estime qu'à défaut de justifier l'authenticité de son Doctorat PhD, Manaouda Malachie doit démissionner dans l'urgence. C'est désormais une question de salubrité publique. Dans le cas contraire, la probité morale de l'ensemble du gouvernement sera fortement remise en cause. Et de façon irréversible.

Hon. Jean Michel NINTCHEU
Député

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