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General News of Tuesday, 6 April 2021

Source: www.camerounweb.com

Affaire Wazizi : acculé au parlement Beti Assomo fait des révélations

La plénière du 1er avril 2021 a été une occasion pour les parlementaires camerounais d'interroger le ministre de la défense sur plusieurs exactions dans lesquelles l'armée a été citée. La pluie de questions a démarré par celles de Prudencia Injo Foo Ngang députée du RDPC qui voulait plus d'informations sur l'arrestation et le décès de certains journalistes. Elle cite le cas de Samuel Wazizi "d'abord considéré comme porté disparu en août 2019 avant d'être déclaré mort par un communiqué laconique du Mindef, presqu'un an plus tard.

Pour le ministre, Wazizi est membre d'un groupe de terroriste et a été arrêté le 03 août 2019 à Ekona (Sud-Ouest) pour "coopération avec les terroristes et complicité d'actes de terrorisme. Après avoir été transféré à Yaoundé pour investigation, il est malheureusement mort à l'Hôpital militaire, suite à un état sévère de septicité, d'après le certificat d'hospitalisation. Sa mort a été suivie d'une grande agitation dans les médias. Une enquête a été ouverte sur haute instruction du chef de l'Etat, en vue de déterminer les circonstances qui ont conduit à cet évènement tragique. Les conclusions de cette enquête sont attendues".

Reporters Sans Frontières Réclame la publication du rapport

Samuel Wazizi, accusé d’être un « terroriste » par les autorités du Cameroun, a disparu depuis le 7 août 2019, date à laquelle il a été transféré d’un commissariat de police de Buea, à une installation militaire située dans la même ville.

Le journaliste de Chillen Music Television (CMTV) avait été arrêté par la police à Buea, le 2 août 2019. Il avait alors confié à son avocat, la toute dernière personne de son entourage à l’avoir vu vivant, que son arrestation était liée à des propos critiques qu’il avait tenus à l’encontre des autorités quant à la gestion de la crise anglophone.

Il aura fallu attendre dix mois pour que les autorités camerounaises, suite à des révélations dans la presse nationale, concèdent que le journaliste est mort.

Le 5 juin 2020, le colonel Serge Cyrille Atonfack, porte-parole du ministère de la Défense, déclarait que Samuel Wazizi, « actif au sein d’un groupe séparatiste », était décédé d’une infection généralisée le 17 août 2019 à l’hôpital militaire de Yaoundé. « Il n’a subi aucun acte de torture ou sévices corporels » affirmait-il, ajoutant que la famille avait été prévenue.

Pendant dix mois, les autorités camerounaises ont dissimulé sa mort et refusé de fournir la moindre information sur son sort à sa famille, ses avocats et aux ONG qui les avaient interpellées. La justice camerounaise elle-même semblait tout ignorer du sort réservé au journaliste alors que les avocats de Samuel Wazizi et de sa famille multipliaient les recours pour tenter en vain d’avoir de ses nouvelles.

Selon Reporters sans frontières (RSF), qui a pu consulter des photos du journaliste prises à Yaoundé le 13 août 2019, jour de son arrivée dans la capitale camerounaise après son transfert depuis Buea, Samuel Wazizi présentait de nombreuses blessures sur différentes parties du corps.

« Un journaliste en parfait état de santé qui meurt subitement pendant sa détention alors qu’il présente plusieurs blessures caractéristiques d’actes de torture, une famille qui n’a jamais été informée contrairement à ce qu’ont affirmé les autorités, une justice qui continuait à recevoir les recours des avocats d’un journaliste déjà mort depuis des mois, une reconnaissance extrêmement tardive et sous la contrainte du décès par les autorités, un corps qui n’a jamais été restitué à la famille… Les zones d’ombres restent très nombreuses et les autorités camerounaises toujours aussi silencieuses, déplore Arnaud Froger responsable du bureau Afrique de RSF. L’absence d’explications crédibles nous avait déjà conduits, en août, à saisir trois rapporteurs spéciaux des Nations unies pour leur demander d’agir auprès des autorités camerounaises afin qu’une enquête soit conduite sur les circonstances exactes ayant conduit à la mort de ce journaliste ».

« La Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (CNDHL) a indiqué le 9 octobre 2020 à l’ACAT-France qu’une enquête avait été menée par la sécurité militaire et les résultats transmis au chef de l’Etat, Paul Biya » affirme Clément Boursin, Responsable Afrique à l’ACAT-France. « Mais, alors que la CNDHL, normalement indépendante et impartiale, devrait peser de tout son poids pour que la lumière soit faite sur la mort d’un journaliste, elle a indiqué à l’ACAT-France qu’“au regard des activités terroristes de Samuel Wazizi au moment de son arrestation, il ne nous semble pas indispensable que le président de la République rende publiquement compte des détails relatifs à cette affaire” ».

L’enquête a-t-elle été indépendante et impartiale ? A-t-elle été menée par des services qui ne sont pas impliqués dans l’arrestation et la détention du journaliste ? Quelle a été sa méthodologie de travail ? Y a-t-il eu une autopsie du corps ? Aujourd’hui, faute de communication des résultats d’enquête, de nombreuses questions restent en suspens concernant les circonstances ayant entraîné la mort en détention de Samuel Wazizi.

Les autorités camerounaises étaient responsables de sa sécurité pendant sa détention. Elles doivent fournir à la famille de Samuel Wazizi et ses avocats un compte-rendu complet des circonstances de sa détention et de sa mort, rappellent l’ACAT-France et RSF.

Jusqu’à ce jour, le corps de Samuel Wazizi n'a pas été rendu à sa famille.

La transparence et l’établissement des responsabilités sont indispensables pour faire la lumière sur le décès de Samuel Wazizi.

Le Cameroun figure à la 134e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.

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