Vous-êtes ici: AccueilInfos2020 12 17Article 562976

General News of Thursday, 17 December 2020

Source: Actu Cameroun

Affaire Vamoulké: bientôt 05 années d’emprisonnement illégal pour l’Ex-DG de la Crtv

En détention provisoire depuis bientôt 05 ans, le cauchemar de l’ancien directeur général de la CRTV est loin d’être terminé.


«Aujourd’hui encore, par naïveté ou bien par confiance dans le devenir de mon pays. je n’arrive pas à admettre que tout cela puisse justifier l’acharnement judiciaire, mon emprisonnement illégal ainsi que le trai tement inhumain dont je suis la victime. Je suis en effet privé d’examens et de traitement médical adaptés à ma neuropathie sévère récemment diagnostiquée et pour laquelle je reste privé de tous soins, au risque de perdre l’usage de mes membres inférieurs», écrivait alors Amadou Vamoulké, ex-directeur général de la Cameroon Radio and Television (Crtv), il y a un an, depuis sa cellule au local 131 de la prison centrale de Kondengui à Yaoundé.

Comme plusieurs autres structures et hommes de bien qui ont su déceler et lire l’injustice dans le cadre de cette affaire qui l’oppose au ministère public et à l’Etat du Cameroun (Crtv), il n’a de cesse de crier son innocence, décrier une injustice et dénoncer sa prise en otage par la justice camerounaise.

Dans cette affaire, il n’y a rien à comprendre, si ce n’est que c’est une pure cabale, orchestrée pour broyer » quelqu’un qui a refusé de rentrer dans les rangs». Eh oui ! l’électron libre a réussi à attirer sur lui l’attention et le mauvais œil. Et il semblerait qu’il en paiera le prix toute sa vie. Il nous souvient que le 16 novembre dernier, lors d’une énième audience au Tribunal criminel spécial (TCS), Amadou Vamoulké qui déposait alors en tant que témoin sous serment, dénonçait une fois encore cette politique des deux poids deux mesures :

«Je voudrais comprendre, pourquoi la politique de deux poids deux mesures quant à la liberté provisoire que j’ai demandée pour aller me soigner? Il m’avait alors été expliqué, dit-il, que cela m’avait été refusé sous le prétexte que pour un prévenu susceptible d’être condamné entre 10 et perpète, je ne devrais pas bénéficier de la liberté provisoire. Or, ma coaccusée encoure les mêmes risques, mais elle comparait pourtant libre et n’est même pas en détention. Pourquoi bénéficie-t-elle de ce privilège ?», s’interrogeait-il depuis la barre.


Détournement présumé de 15 milliards de FCFA

C’est que, dans cette affaire, il est reproché à Amadou Vamoulké, ancien DG de la Crtv, le détournement présumé de 15 milliards Fcfa. C’est sur la base d’un rapport d’audit que l’actuel DG avait commandité, question de voir clair sur la gestion de son prédécesseur que le prévenu a été inculpé de détournement présumé pour la seconde fois. L’affaire enrôlée depuis plusieurs années, en est à sa cinquantième audience aujourd’hui. Une audience qui une fois encore, aurait été renvoyée, en l’absence du témoin de l’accusation attendu pour déposer. La cause devrait donc être reprise ce jour, 16 décembre 2020 au TCS.

En attendant, l’ex-patron de la Crtv continue de croupir en prison, y étant depuis le 29 juillet 2016, en détention provisoire. Pourtant, à en croire les textes de loi, notamment l’article 218 du Code de procédure pénal, «désormais, la durée de la détention provisoire ne peut excéder six mois. Elle est toutefois susceptible de prolongation par une ordonnance motivée du juge d’instruction pour une durée n’excédant pas douze mois pour les crimes et six mois en cas de délit.» Or, cette disposition de la loi est n’est pas respectée étant donné que l’accusé est en détention provisoire depuis plus de quatre ans.

Par ailleurs, il avait, par le biais de ses avocats, introduit une requête pour une demande de mise en liberté provisoire, question d’aller se faire soigner comme le stipule la charte africaine des droits de l’homme et des peuples en son article 16 : «Toute personne, a’le droit de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu’elle soit capable d’atteindre. Les États partis à la présente Charte s’engagent à prendre les mesures nécessaires en vue de protéger la santé de leurs populations et leur assurer l’assistance médicale nécessaire».

Pis, le Code pénal camerounais prévoit en son article 224 que « toute personne légalement détenue à titre provisoire peut bénéficier de la mise en liberté moyennant les garanties visées». Pourtant, pour cette requête introduite, l’ex-DG de la Crtv s’était entouré de toutes les garanties nécessaires, allant même jusqu’à donner les noms de quelques membres de sa famille pouvant être inquiétés dans le cas où il disparaîtrait. Mais non. Le ministère public avait lui, soutenu qu’il ne pouvait bénéficier de cette mesure dès lors qu’il était poursuivi pour un crime économique (crime pour lequel sa coaccusée qui comparaît pourtant libre est bénéficiaire) et aussi, parce qu’il encoure une peine allant de 10 ans de. prison à la perpétuité (c’est également le cas de ses coaccusés qui pour l’une comparaît libre).


Mise en liberté provisoire

Il en est de même pour les autres mesures prises-par l’Etat pour garantir que le bénéficiaire de mise en liberté provisoire puisse, être mis à la disposition de la justice à tout moment : il faut n’avoir jamais été condamné, et jouir d’un domicile fixe identifié et identifiable. Ce qu’on peut mettre à l’actif d’Amadou Vamoulké qui pourtant est toujours en détention.

Il aurait même cru que son état de santé aurait poussé les uns et les autres à comprendre là gravité de la situation, le .risque qu’il encourait d’être paralysé de ses membres inférieurs à jamais, car ses médecins, tant camerounais qu’étrangers lui ont diagnostiqué une neuropathie sévère et ont recommandé son évacuation vers un hôpital plus apte à le suivre à l’étranger ; mais, cela lui a été refusé.

Amadou Vamoulké pense qu’il paie hélas, le prix de sa probité morale : «Pour ma part, je continue à m’interroger sans cesse sur l’acharnement dont je suis la victime. Ma carrière ne peut en être la raison, car mes collaborateurs, mon environnement, ma famille, tous plaident en ma faveur, mettant en avant ma probité et mon intégrité. Mais à quoi bon vouloir plaider ? Le président Paul Biya pourrait lui-même témoigner en ma faveur puisque c’est à lui que j’ai écrit dès ma nomination pour refuser d’hériter du salaire de mon prédécesseur, que je trouvais indécent et que j’ai ainsi pu diviser par quatre». Et de poursuivre : «Si ce n’est ma carrière, alors quoi ? ? ?

N’entrevoyant -aucune raison crédible, je ne peux qu’en livrer en vrac quelques-unes, sans ordre hiérarchique : « il est hautain » (police, renseignement); il n’a rien à faire à la Crtv» (un ministre); «ila montré à la télévision la fille du président de la République en tenue légère» (vidéo montage réalisé à mon insu pour décider le chef de l’État à me démettre); «il a écarté l’entreprise de la partie du conseiller judiciaire du Chef de l’État de la Crtv» (ce qui est vrai, pour des raisons objectives); «il n’est pas fiable» ( comprendre «contrôlable ), etc.».


Libération immédiate et sans conditions

En attendant là fin de cette cabale, de nombreuses organisations internationales ne cessent d’appeler à sa libération immédiate et sans condition, de même qu’ils continuent de dénoncer cette arrestation et cette détention arbitraire. C’est le cas d’Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique . de (‘Organisation non gouvernementale LONGj- Reporters sans frontières [RSFJ, qui s’est une fois de plus prononcé sur cette affaire lundi dernier via un communiqué :

«Jamais dans l’Histoire du Cameroun, un journaliste n’a subi un tel acharnement judiciaire. Après 1600 jours de prison et bientôt 50 audiences, les seules demonstrations qui ont été faites dans cette affaire sont celles de la vacuité des accusations portées contre lui, des tentatives grossières de dissimuler les éléments attestant de son innocence, et de, la cabale ignoble menée pour broyer cette figure du journalisme malgré son âge et sa mauvaise santé. Tout semble mis en œuvre pour qu’il meure à petit feu en prison sans même avoir-été jugé».

En 2019, le groupe de travail de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) sur la détention arbitraire a également dénoncé le caractère arbitraire de la détention d’Amadou Vamoulké, et a exigé sa libération… en vain. Le groupe de travail a transmis également son dossier au rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à la santé, et sa réaction reste toujours attendue.

Et dans le fond, rien ne peut pousser à la condamnation de l’ex DG de la Crtv. Bien au contraire, les différents rapports produits et désormais aujourd’hui dissimulés, plaident plutôt en sa faveur. Il en est de même pour les différents témoins et différentes dépositions jusqu’ici entendus.

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter