Vous-êtes ici: AccueilInfos2020 11 20Article 557119

General News of Friday, 20 November 2020

Source: Actu Cameroun

Affaire Stéphanie Djomo: révélations d'un avocat sur le plan du juge d’instruction contre le MRC

Me Cheikh Ali Al Assad est l’un des avocats de Stéphanie Djomo, la dame qui était sur le plateau de l’émission de « Parole de Femmes », diffusée le 3 novembre 2020 sur Equinoxe Tv. Il a accordé une interview à nos confrères du journal Le Jour. L’avocat dit sa part de vérité dans l’affaire Stéphanie Djomo, dont il a été le conseil jusqu’à mercredi dernier.

Ci-dessous l’intégralité de cet entretien

Comment avez-vous été constitué dans l’affaire de dame Stéphanie Djomo ?

J’ai été constitué par les filles de Mme Djomo. Elles m’ont envoyé une lettre à fendre le coeur, dans laquelle elles m’expliquaient que leur maman avait été interpellée, qu’elle a passé plusieurs jours en garde à vue et qu’il y a des individus louches qui les recherchaient. Elles m’ont supplié de prendre la défense de leur mère. Dans leur lettre elles ont précisé qu’elles n’avaient pas les moyens pour me payer. C’est comme ça que j’ai accepté la mission dont elles me chargeaient en leur précisant que leur mère devait ratifier leur choix.

Avant votre constitution, connaissiez-vous cette famille ?

Je ne connaissais ni leur mère ni elles-mêmes. Même leur émission litigieuse je n’avais pas regardé. Pour vous dire que je n’avais pas eu le contact avec ces filles ou leur mère par le passé. C’est lorsqu’elles entrent dans mon bureau pour la première fois qu’elles me disent qu’elles m’ont vu à la télé. Quand je leur ai dit que je suis un avocat qui accepte d’aider les gens pauvres.

A quel stade de la procédure se trouvait le procès de leur mère lorsque vous vous constituez ?

Lorsqu’elles me contactent l’enquête préliminaire était déjà bouclée. Leur mère était déjà devant le commissaire du gouvernement. Lorsque j’arrive je constate que le commissaire du gouvernement venait de transmettre le dossier au juge d’instruction. C’est comme ça que je la rencontre quelques minutes avant qu’elle ne voie le juge d’instruction. Je lui montre la lettre que ses filles m’ont écrite et elle me dit qu’elle accepte d’être défendue par moi. Je suis allé au tribunal militaire avec une lettre de constitution, ce qui impliquait que tous les actes de procédure devaient m’être transmis. Le juge d’instruction avait filmé ma lettre de constitution.

Avez-vous vu venir ce coup de théâtre auquel l’on assiste depuis mercredi dernier ?

Oui. C’est un dossier qui recèle quand même beaucoup de curiosités. Parce que lorsque je me constitue et qu’on l’inculpe, il commence à se passer des choses bizarres. Elle a été inculpée par le juge d’instruction militaire et on l’a mise sous mandat de détention. Dès le lundi suivant, elle a été extraite plutôt par le commissaire du gouvernement, qui ne m’a pas informé. Lorsque par hasard la cliente m’a fait savoir qu’elle allait être extraite, j’ai couru au tribunal militaire et j’ai constaté qu’elle s’était déjà enfermée avec le commissaire du gouvernement dans son bureau, avec un représentant du ministre.

Quelques instants après on a fait venir le juge d’instruction qui les a rejoints. On a fait venir les membres de la famille de ma cliente. J’ai tout fait pour assister à l’entretien mais ils m’ont opposé une fin de non-recevoir. On a dit que les avocats n’ont pas leur place dans cette réunion-là. Une autre singularité : après leur réunion dans le bureau du commissaire du gouvernement, Mme Djomo a été conduite hors du tribunal pour une destination inconnue. Elle y a passé environ deux heures avant d’être ramenée au tribunal. Dès son retour son attitude était bizarre, elle devenait réticente envers moi. C’est comme ça que je pars voir le juge d’instruction et je lui dis que je présenterais oralement la demande d’annulation de la procédure, au regard de multiples violations du code de procédure pénale. C’est ainsi que je rentre et je prépare une requête en nullité de procédure. Entre temps, par les rumeurs, on me fait savoir que quand là cliente est sortie, elle a rencontré telle autorité et telle autre. Le juge d’instruction me convoque. Il me dit d’être à son bureau le lendemain (mercredi 18 novembre) à 11 heures pour l’audition de la cliente.

Lorsque j’arrive au tribunal, je veux m’entretenir avec la cliente et les membres de sa famille s’opposent. Ils me disent qu’ils doivent écouter ce que nous racontons. Je leur dis que je suis désolé, c’est un entretien avocat-client et c’est confidentiel. Le juge d’instruction arrive et me dit : « Vous ne pouvez pas empêcher sa famille d’assister à votre entretien. En même temps je ne pouvais pas m’entretenir avec ma cliente lorsque je sais qu’il y a des personnes qui écoutent notre conversation pour les rapporter au commissaire du gouvernement. Finalement il nous amène dans son bureau et il demande à ma cliente si elle veut toujours de moi comme avocat. Après quelques tournures, elle a fini par dire qu’elle ne veut pas que quelque chose arrive à ses enfants. Elle préfère se séparer de moi.

Elle évoque aussi le problème de moyens…

Oui justement, elle avance l’argument que ses filles n’ont pas d’argent pour prendre un avocat. Je lui ai dit « Écoutez, madame ! Dès le départ je vous ai montré la lettre de votre fille. C’est parce que vous avez accepté que je vous ai assistée pendant votre inculpation. Donc ce n’est pas une question de moyens, mais de confiance. » Dès que je rentre dans mon cabinet, j’écris une lettre de déconstitution que je dépose au tribunal militaire.

Comment avez-vous trouvé cette femme dès votre constitution dans son affaire?

Quand elle est rentrée, lundi, elle était effrayée, paniquée. Or le samedi précédent j’étais allé m’entretenir avec elle à la prison. Le contact était franc, direct et cordial. Elle se remettait d’ailleurs de la crise d’asthme qu’elle avait eue. Quand je l’ai rassurée qu’elle est devant des magistrats et non devant des Opj, qu’il n’y aura plus menace, ni coup, ni brutalité, elle avait repris confiance, on attendait la suite de la procédure et elle était sereine.

Que répondez-vous à ces internautes qui ont affirmé qu’elle a agi en intelligence avec un certain parti politique ?

Je suis lié par le secret de l’instruction. Je ne parle que des choses hors instruction. Par exemple lorsque le commissaire du gouvernement, le juge d’instruction et le représentant du ministre se sont enfermés avec elle dans le bureau, ils lui ont demandé si elle avait reçu l’argent du MRC ou de la chaîne de télévision Équinoxe, elle a répondu par la négative selon ce qu’elle m’a raconté. Elle a dit aux gens de venir me le dire.

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter