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General News of Thursday, 4 February 2021

Source: Midi Libre n°169

Affaire Sokoudjou : la paix revient à Bamendjou, la République a gagné

L’affaire fait sensation dans les débats et dans les réseaux sociaux au Cameroun depuis le mois de juillet, celle opposant le Préfet des Hauts-Plateaux au Roi des Bamendjou.

Tout commence le 24 juillet 2020. Date à laquelle le préfet des Hauts-Plateaux, Yampen Ousmanou, adresse une correspondance à Sa Majesté Sokoudjou Jean Rameau, chef supérieur du groupement Bamendjou à l’ouest du pays. Dans cette correspondance, le préfet met en garde le chef pour avoir organisé dans sa chefferie une « concertation politique non déclarée ».

Les activités de cadre de Concertation Citoyen (CCC) qui avaient pris part à cette réunion du 18 juillet 2020, ont tenu à faire une mise au point dans un communiqué de presse rendu public le samedi 25 juillet 2020. Ils indiquent d’emblée que la concertation est une initiative portée par le Cadre de Concertation Citoyen à l’attention de Sa Majesté Sokoudjou, qui l’a aussitôt adoubée, parce qu’elle « vise à promouvoir une ..conversation constructive entre les différents acteurs sociaux et politiques du Cameroun afin de parvenir à un consensus minimum qui puisse aider le pays à sortir de la crise multidimensionnelle dans laquelle il est emmêlé », lit-on dans le communiqué.

Il s’est donc agi pour Hilaire Kamga, Serge Espoir Matomba, Edith Kah Wala, Djeukam Tchameni, Mboua Massock…, d’aller s’abreuver aux conseils « d’un père de 87 ans qui écoutait ses enfants », renchérissent-ils. Arguant que la loi du 19 décembre 1990 sur les manifestations publiques n’oblige aucunement un père à déclarer à l’autorité administrative une réunion avec ses enfants. Ces activistes politiques et de la société civile condamnent par ailleurs « le ton arrogant et irrévérencieux » employé par le préfet pour s’adresser « une autorité traditionnelle respectable et respectée ».

Le 19 janvier 2021, le préfet Yampen Ousmanou a de nouveau écrit à sa Majesté Sokoudjou le menaçant sur « ses sorties intempestives » dans les médias et les réseaux sociaux contre le pouvoir en place.

Ils ont attisé le feu

Lorsque cette affaire éclate, d’aucuns ont trouvé là l’occasion de se refaire une santé politique. D’autres y ont vu du pain béni pour sortir de l’ombre. Ça a fusé de partout. Les uns alignés derrière le préfet et vantant énergiquement le respect des institutions républicaines. Les autres recroquevillés derrière Sa Majesté et évangélisant les bons versets du traditionalisme. « L’État ne doit pas dominer la tradition, mais la tradition ne doit pas se libérer de l’Etat ». Quelle belle thèse doctorale !

Dans une note partagée sur son compte Facebook, Djeukam Djameni rapporte le contenu d’une conversation présumée qu’il a eue avec le Roi des Bamendjou : « Avant les indépendances, j’ai été plus menacé que ça. On ne doit pas me confondre. Je ne suis pas un fonctionnaire en affectation à Bamendjou. Je ne suis pas non plus un « élu ». Je suis né à Bamendjou. Je suis assis sur la chaise où mon père était assis, mon grand-père avant lui et mon arrière grand-père avant les deux. On ne doit pas me confondre », aurait déclaré SM Sokoudjou.

La toile a été animée par des propos, des déclarations qu’aurait tenus le Roi des Bamendjou. « Quand la lune sort, les aliénés pensent que c’est le jour qui se lève. C’est pourquoi certains se retrouvent toujours en train de marcher dans la nuit. L’intimidation est le propre de ceux-là même qui ont perdu toute raison et sont en quête de personnalité et de repère. Ousmanou Yampen, avant les indépendances, j’ai été plus menacé que ça », a déclaré SM Sokoudjou.

Wilfried Ekanga n’y est pas allé de main morte. Visiblement, il avait déjà choisi son camp «… un préfet est un aliéné qui voit un plantain et pense que c’est une banane. Voilà pourquoi ils mangent le plantain cru », a-t-il écrit. Dans l’une de ses sorties incendiaires l’activiste Michel Biem Tong, fidèle à son habitude, a mis le feu aux poudres « Urgent : le pouvoir Biya planifie l’assassinat du Roi des Bamendjou, Sokoudjou Jean Rameau.

Les nouvelles menaces de Yampen Ousmanou, préfet des hauts-plateaux, à l’endroit de Sa Majesté Sokoudjou Jean Rameau, Roi des Bamendjou, ne sont pas éprendre à la légère. De source bien informée au sein du sérail, le pouvoir de Yaoundé est en train de planifier son assassinat. Ce plan est censé être mis à exécution à la fin de cette semaine », a-t-il écrit sur son compte Facebook.

Manifestation avortée

Des tracts ont circulé, la toile a été inondée par des appels à manifestation. En voici un : « pèlerinage de soutien au Fô’o de Bamendjou. Bamendjou le 30 janvier 2021, 11 h. Parce que nos gardiens de la tradition ne doivent plus être insultés comme à l’époque coloniale ; – le droit à la parole est fondamental et indéniable dans toute société sérieuse. Allons tous le Samedi 30 janvier témoigner notre reconnaissance et gratitude à Sa Majesté Sokoudjou Jean Rameau en ces moments où il subit les menaces d’un préfet. Pour aller à Bamendjou, vous prenez la voiture à 500 F à partir de SOCADA à Bafoussam. N’attendez pas d’être invité, venez. Trop c’est trop, tous à Bamendjou le 30 pour dire non aux propos du préfet des hauts-plateaux ».

Heureusement, après des appels à la raison des ministres et personnalités, Sa Majesté Sokoudjou Jean Rameau a interdit la manifestation organisée à son endroit. Le 27 janvier dernier, dans l’après-midi, il a rencontré le gouverneur. « Je m’excuse pour cette incompréhension avec Monsieur le préfet. Je respecte et soutient les institutions républicaines », a-t-il confessé.

Le préfet Yampen dans son droit Au demeurant, le préfet des Hauts-plateaux, Yampen Ousmanou n’a fait que jouer son rôle dans cette rebondissante affaire, celui d’être garant du respect des lois et des institutions Républicaines dans sa circonscription de commandement. Il n’a jamais été rappelé à l’ordre par le gouverneur de la région de l’ouest ou par le ministre de l’administration territoriale.

Ce qui signifie que ces rapports sur la situation sur le terrain ont été jugés corrects, fidèle à la réalité. Beaucoup d’observateurs ont apprécié son calme durant le déroulement de cette affaire ténébreuse. Il n’a pas cédé à l’agitation, à la panique ou aux déclarations sensationnelles dans la presse ou dans les réseaux sociaux. Il s’est montré comme un commandant qui maîtrise la situation.

Pas d’insultes ni de propos tendancieux. Des qualités qu’il a déjà eu à démontrer lorsqu’il était sous-préfet de Yaoundé II. Il avait alors réussi à instaurer l’ordre et la discipline au marché Mokolo et dans les points chauds comme Flamenco et Dubaï.

À titre de rappel, Yampen Ousmanou, administrateur civil principal, a été nommé par décret présidentiel le 07 octobre 2019 comme préfet du département des Hauts-Plateaux, fégion de l’Ouest. Il est né le 20 juillet 1962 à Koutaba, département du Noun, région de l’ouest. Après des études primaires et secondaires à Koutaba, Kongsamba et Foumban, il entre à l’Université de Yaoundé, après l’obtention du baccalauréat A4 Espagnol.

Quelques années après avoir obtenu une licence en droit, il est admis à la prestigieuse école nationale d’administration et de magistrature (ENAM) d’où il ressort diplômé de la section administration générale. Une riche carrière va alors s’ouvrir au jeune administrateur civil. C’est ainsi que de 1992 à 1995, il occupe successivement, les postes de chef de service de personnels éducatifs, chef de service de personnels administratifs et financiers, chef de service de personnels de service technique au ministère de la fonction publique et de la réforme administrative.

De 1995 à 1996, il entame sa carrière au commandement territorial comme 2e adjoint préfectoral de Mora. De 1996 à 1999, il est 2e adjoint préfectoral de Yaoundé. De mars 1999, à août 2000, il est sous-préfet de l’arrondissement de Maga. D’août 2000 à novembre 2003, il est sous-préfet de l’arrondissement de Kekem. De novembre 2003 à septembre 2008, il est sous-préfet de l’arrondissement de Douala 3e. De septembre 2008 à janvier 2011, il est sous-préfet de l’arrondissement de Mbalmayo.

De Février2011 à mai 2013, il est sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé 4e, puis sous-préfet de Yaoundé 2e jusqu’à sa promotion et sa nomination comme préfet du département des hauts-plateaux. Monsieur Yampen Ousmanou est Commandeur de l’ordre de la valeur. Sa riche expérience acquise dans les villes stratégiques comme Douala et Yaoundé constitue un atout indéniable dans l’exercice de sa charge préfectorale.

Connaître Sa Majesté Sokoudjou Jean Rameau

Sa Majesté Sokoudjou Jean Rameau, Roi des Bamendjou succède à son père le 26 décembre 1953 alors qu’il n’est âgé que de 13 ans. Il part très tôt dans le Sud où il réside avant d’être désigné comme chef. Il apprend le Bulu dans sa famille d’adoption, famille dont le patriarche lui confie sa succession. En*1957, au début de la guerre entre nationalistes camerounais et partisans de l’administration coloniale, le chef de Bamendjou, Jean Rameau Sokoudjou, est l’un des rares chefs traditionnels à soutenir les nationalistes.

De novembre 1957 à juin 1958, il est successivement assigné à résidence puis incarcéré dans plusieurs prisons du pays, pendant que sa chefferie est occupée par des troupes fidèles à l’administration. Certaines de ses femmes ont été violées par des soldats, devant lui, alors qu’il était ligoté dans son palais. Sa chefferie sera même incendiée.

I n 2019, Il donne, avec la collaboration du groupe Kadji, des éléments de son parcours à Jean-Bruno Tagne pour la rédaction d’une biographie. L’œuvre est préfacée par le cardinal Christian Tumi, postfacée par Charly Gabriel Mbock est commenté par la presse (Le quotidien le jour et Canal 2 International). Fotué et Perrois le consultent pour leur travail sur les sociétés secrètes des royaumes Bamiléké.

D’autres chercheurs et thésards font appel à ses souvenirs. Philippe Niorthe, photographe en visite au Cameroun et qui est allé voir les témoins de l’incendie du 24 avril 1960 au quartier Congo à Douala a consulté le roi Sokoudjou sur les assassinats des militants de l’UPC dans les chutes de la Métché, auquel le roi Sokoudjou a lui même échappé.

Sa Majesté Sokoudjou Jean Rameau donne librement ses opinions sur’la gestion des affaires du Cameroun et se qualifie de réformateur. Il a une liberté de ton parfois incendiaire au goût du régime en place. Mais, la politique n’est-elle pas cousue de fils des radicaux et des modérés ?

État et tradition

Au Cameroun les chefs traditionnels sont reconnus comme étant des auxiliaires de l’administration. C’est d’ailleurs pour cela que depuis le décret présidentiel du 13 Septembre 2013 ils perçoivent une allocation en termes de salaire chaque mois : Chefs de 1er degré, 200 000 FCFA ; Chefs de 2e degré, 100 000FCA et Chefs de 3e degré, 50 000FCFA. Leur collaboration a toujours produit des résultats incroyables : le renseignement, l’arrestation des personnes suspectes, la découverte des caches d’armes, là résolution d’un problème social menaçant, etc. L’Etat a déjà soutenu de nombreuses chefferies traditionnelles. C’est ainsi que la chefferie supérieure Bamendjou dont Sa Majesté Sokoudjou Jean Rameau est Roi a bénéficié de l’aménagement en pavés de pierre de son entrée principal dans le cadre du Budget d’investissement public 2019. Affaire à suivre !

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