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General News of Monday, 17 August 2020

Source: Actu Cameroun

Affaire Raphaël Mvogo-Chine Nouvelle: chantage et corruption au Minrex

Le président de la République a instruit le ministre des Relations extérieures de régler le différend né du licenciement abusif i du journaliste. Plus de six mois après, Lejeune Mbella Mbella traine toujours les pieds.

Le journaliste, qui peut légitimement se targuer d’avoir sorti l’agence de presse Chine nouvelle de l’ornière au Cameroun, est très amer. « Je ne demande rien d’autre que le paiement de mes droits puis la réparation des préjudices subis. J’ai laissé le Chinois aller jusqu’au bout de sa bêtise, conscient que les conséquences seraient lourdes pour lui et son pays. J’étais persuadé que les autorités de mon pays se saisiraient de l’affaire pour faire prévaloir la souveraineté nationale », confie d’entrée de propos Raphaël Mvogo.

Cette réaction intervient après que, le 7 février 2020, l’ancien pilier du bureau de Yaoundé de Chine nouvelle (Xinhua) a appris que le chef de l’Etat lui a fait honneur, en prescrivant à la lumière du dossier qu’il venait de porter à son attention quelques jours auparavant, au ministre des Relations extérieures (Minrex) d’œuvrer à son dédommagement après son licenciement abusif le 11 septembre 2018. Une rupture de contrat signifiée par un simple mail de Qiao Benxiao, l’actuel chef de bureau de l’agence officielle de la République populaire de Chine au Cameroun.

Plan de nationalisation

La veille, se rappelle le journaliste, ce dernier lui a fait un mail lui annonçant un plan de nationalisation de la gestion des ressources humaines de l’agence. Concrètement, ce plan devait se matérialiser par la résiliation des contrats de travail des personnels du bureau du Cameroun suivie de la signature par ces derniers de nouveaux contrats de travail avec une agence de gestion des ressources humaines.

Après avoir nourri l’espoir qu’elle viendra mettre un terme à son calvaire, plus de six mois plus tard aucune suite favorable n’a été réservée à l’instruction présidentielle. Etonné par cette situation, le journaliste s’est de nouveau tourné vers Lejeune Mbella Mbella, en lui adressant fin juillet une nouvelle correspondance afin d’être fixé sur le traitement de son dossier.

Il tient à préciser qu’il s’est résolu à saisir le président de la République après la cinquième correspondance adressée au Minrex après la requête introduite le 18 janvier 2019 au sujet du litige professionnel avec son ex-employeur qui s’abrite derrière l’ambassade de Chine au Cameroun. Par exemple, lors de la réunion de conciliation à l’inspection du travail, Chine nouvelle invoque sa prétendue immunité diplomatique pour ne pas donner suite aux prétentions de son ex-personnel à une indemnité de licenciement. Indemnité de licenciement

« C’est d’abord le conseil de la partie adverse qui, disant agir pour le compte de l’ambassade de Chine, a attiré l’attention en écrivant dans ses mémoires présentés à l’inspection du travail que Chine nouvelle n’a pas de personnalité juridique et qu’elle n’est pas une entité autonome de cette représentation diplomatique », précise le journaliste.

Installé au sein de l’ambassade de Chine à Bastos, dans la capitale, le bureau de Chine nouvelle au Cameroun a du mal à justifier une telle implantation. Au ministère des Relations extérieures, des sources anonymes confirment ce lien et déclarent Qiao Benxiao, son représentant actuel, détenteur d’une carte d’identité spéciale délivrée par les soins du ministère à son arrivée en mai 2017, pour une durée de validité de trois ans. Cette carte porte bien la mention : « correspondant de l’Agence de Presse Xinhua à l’ambassade de Chine à Yaoundé».

Selon Raphaël Mvogo, ces arguments à eux seuls suffisent pour que le ministère des Relations extérieures ne traîne pas les pieds pour régler son problème.

Dans le cadre de ses missions régaliennes, ce ministère a été institué comme juridiction spéciale compétente pour juger des affaires diplomatiques. Trois semaines se sont écoulées, il affirme pourtant n’avoir toujours pas reçu de réaction concernant sa nouvelle correspondance, comme cela a été le cas de toutes les autres. En plus du chef de l’Etat, le journaliste dit avoir saisi la Commission nationale anti-corruption (Conac), la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (CNDHL), le secrétariat d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie (SED) et la direction générale de la Recherche extérieure (DGRE) pour dénoncer les écueils observés dans la gestion de son dossier.

Enquêtes

En juillet 2019, suite aux enquêtes menées par ses services concernant une plainte de Raphaël Mvogo contre le représentant de Chine nouvelle pour menaces de mort, le secrétaire à la Défense chargé de la gendarmerie, Yves Galax Landry Etoga, avait été premier à écrire au ministre des Relations extérieures pour lui suggérer la résolution du litige. Rien n’y a fait, tout comme l’interpellation faite par la Conac en janvier puis celle de la CNDHL récemment au mois de mai.

« Un responsable du ministère m’avait prévenu en me disant : « Les Chinois sont très dangereux, ils ont infiltré le ministère. Je te souhaite bonne chance” », sou-ligne-t-il. « A la direction chargée de la gestion de mon dossier, poursuit le journaliste, l’on a passé le temps à me mener en bateau. » Pendant longtemps, la direction du Minrex en charge de son dossier lui a fait croire que Qiao Benxiao et l’ambassade de Chine ignoraient toutes les convocations qui leur étaient adressées. Or, dans le même temps, des témoins affirment avoir vu le Chinois à plusieurs reprises au Minrex.

Toujours selon Raphaël Mvogo, « en novembre et janvier, après m’avoir confié que ses collègues lui avaient caché que l’affaire avait été traitée préalablement par l’inspection du travail, l’ex-président de la cellule ministérielle de lutte contre la corruption m’avait promis un règlement rapide. Dans le même temps, un autre responsable avait avancé un montant qu’on allait, selon lui, me donner ». Ce qui, susurrent des sources, aiguisent des appétits de certains adeptes des ré-trocommissions quand tout simplement certains, soupçonnés d’être à la solde de la partie chinoise, ne voient pas d’un mauvais œil que le journaliste perçoive un tel pactole.

En 2019, un autre responsable avait toutefois stoppé ‘la tentative de fuite du représentant local de Chine nouvelle, en confisquant son passeport à la suite d’une demande de visa diplomatique de celui-ci, alors qu’il n’est pas diplomate. Le journaliste reconnaît tout de même que certains Camerounais prennent à cœur son problème. « Un jeune diplomate réputé intègre m’a assuré : ”M. Mvogo, conformément à la Convention de Vienne, nous avons le devoir de vous défendre. Les Chinois vont vous payer votre argent. Contrairement à ceux qui détiennent la clé du problème, il n’a cessé de multiplier ses efforts pour la résolution de l’affaire, mais son champ d’action est limité », observe-t-il.

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