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General News of Thursday, 15 October 2020

Source: Actu Cameroun

Affaire Maurice Kamto: le pouvoir désormais dos au mur

Yaoundé observe un silence coupable face aux coups de boutoir des Nations Unies.

Les experts des droits de l’homme des Nations Unies ont demandé, lundi, au régime de Yaoundé de «libérer le principal dirigeant d’opposition et les autres individus arrêtés lors de manifestations pacifiques à travers le pays, et de cesser les intimidations à l’encontre des militants politiques».


Ils exhortent aussi le pouvoir Biya à enquêter, de manière impartiale, sur toutes les violations des droits de l’homme, y compris les allégations de disparitions forcées, de détention arbitraire et de mauvais traitements infligés aux manifestants du 22 septembre, et de traduire les auteurs de ces actes en justice.

L’assignation de fait à résidence, depuis le 22 septembre, le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, «pourrait constituer une privation de liberté, en violation de ses droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, ainsi que de la liberté et à la sécurité de sa personne».

Se disant extrêmement préoccupés par les arrestations massives de manifestants pacifiques et de militants politiques exprimant leur dissidence, ils estiment à plus de 500, les personnes arrêtées à la suite des manifestations organisées par le parti d’opposition, dont quelque 200 seraient toujours en détention, risquant par ailleurs d’être accusées de terrorisme et d’atteinte à la sécurité nationale, puis jugées par un tribunal militaire pour avoir exercé leurs libertés fondamentales.

«Nous sommes préoccupés par l’usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques par les forces de sécurité camerounaises», déclarent les experts pour qui la violence contre les manifestants a été disproportionnée, avec utilisation de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour les disperser violemment. L’assignation à résidence de M. Kamto pourrait, selon eux, constituer une privation de liberté en violation de ses droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, de la liberté et à la sécurité de sa personne au regard du droit international. Aucun des actes posés par l’opposant n’est un crime, soutient l’ONU, appelant le Cameroun à célébrer et accepter la dissidence, «car une véritable démocratie prend en compte les demandes de la population au lieu de les réprimer».

Cette saillie constitue un véritable revers, [Jour Paul Biya et ses lieutenants qui avaient déjà préparé les esprits à un bannissement du MRC de la scène politique et à un procès mémorable, pour Maurice Kamto et ses fidèles. Au lendemain de l’annonce de la «révolution des abeilles» en effet, le pouvoir avait sorti les muscles et promis l’enfer à ce qui présentait alors comme «un mouvement insurrectionnel», ayant pour agenda caché «de renverser les institutions de la République».

Invoquant déjà des «agissements criminels», contre un homme dont la situation faisait l’objet d’un examen attentif par les autorités judiciaires compétentes et du ministère de (’Administration territoriale», il était alors question d’enrayer un «projet insurrectionnel», nourri par « certaines velléités d’ingérences étrangères», faisant «l’objet d’un suivi conséquent des services spécialisés».


Cruelle équation

Telles que présentées, il ne faisait pas de douté que les choses allaient s’accélérer avec, notamment, le prononcé de la dissolution dudit parti et un procès, tout aussi diligent pour – entre autres – terrorisme, devant les tribunaux militaires de la République. La situation était à ce point arrangée que pas grand monde n’imaginait, jusqu’à présent le MRC, son dirigeant et les siens encore dans une position ambiguë.

Pourtant, depuis les déclarations gouvernementales à charge, quelques militants du MRC ont été subrepticement libérés. Les autres, quant à eux, semblent subir un traitement traduisant l’embarras des autorités : l’isolement ou les intimidations. Sauf qu’entre-temps, les pressions sont montées de toutes parts, particulièrement des puissances occidentales, mettant en garde contre une logique totalitaire d’un régime plus que jamais discrédité auprès de la communauté internationale.

Avec la prise de position claire et percutante des Nations Unies, le Renouveau se retrouve dans l’inconfort total. S’agissant de ses princes qui avaient déjà préparé le terrain contre le MRC, ses dirigeants et partisans, l’équation paraît encore plus cruelle, eux qui semblent ne plus savoir quoi faire de la patate chaude. Redonner leur liberté à Maurice Kamto et aux autres, continuer de laisser fonctionner une organisation présentée comme insurrectionnelle, apporterait une dose incongrue à la situation.

Dans la même veine, le pouvoir redoute des réactions en chaîne du MRC, qui pourrait réactiver sa posture insoumise et surenchérir sur le terrain de la revendication. Et, pourquoi pas, saisir les instances internationales aux fins d’obtenir réparation des mauvais traitements subis de la part du pouvoir.

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