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Actualités of Friday, 6 August 2021

Source: Tchouta Fregist

Accidents de la circulation: un journaliste vole au secours du ministre des transports

Ce qui arrive au Ministre des Transports m’émeut . Ce qui arrive au Ministre des Transports m’émeut .

Dans une tribune intitulée « pourquoi la situation du Ministre des Transports m’émeut ! », le directeur de publication du journal Bougna, Frégist Bertrand Tchouta, déplore le fait que les accidents de la circulation surviennent au moment où le ministre chargé des transports est en pleine campagne de prévention et de sécurité routières. Si pour certains, ces accidents traduisent l’échec des mécanismes mis sur pied par l’autorité chargée des transports, pour le journaliste cela est dû à la négligence d’une part, des compagnies de transport interurbain et d’autre part, des transporteurs de marchandises. Le directeur de publication propose comme solution la digitalisation du système de délivrance de la vignette de visite technique.

Ce qui arrive au Ministre des Transports m’émeut énormément. En pleine campagne de prévention et de sécurité routières, il enregistre les accidents parmi les plus mortels de l’année. « 16 morts et plusieurs blessés à Awae, au lieu-dit Mvog-Essindi. 22 morts à Batchenga au lieu-dit Pont d’Olembe. Deux morts à Makenene au lieu-dit Nyokon I », cite le ministre dans le communiqué radio-presse signé ce 05 août. Soit près de 40 morts en deux jours. Ceux qui ont participé aux opérations d’auto-défense dans les quartiers à une certaine époque (même aujourd’hui encore d’ailleurs) peuvent comprendre ce qui se passe. C’est comme si c’est pendant les opérations d’auto-défense, qu’on enregistre le plus grand nombre de vols, d’agressions, de braquages et de viols. Et qu’à y regarder de plus près, on se rend compte que ce sont les mêmes « mazembe » qui opèrent impunément…Pour dire franchement, les opérations d’auto-défense auxquelles j’ai pris part à Mballa 2 ou à la Briqueterie n’ont jamais connu de failles aussi spectaculaires. Mais je n’ai aucun doute que si cette situation arrivait, des mesures drastiques auraient été prises pour mettre ces bandits hors d’état de nuire…

Je suis d’autant plus ému lorsque je constate que la série d’hécatombes de ces 04 et 05 août n’est pas la première. Fin 2020, pendant l’« Opération Zéro accident », une campagne étalée sur trois mois (octobre 2020 à janvier 2021), les équipes déployées sur le terrain « responsables du Ministère des Transports, forces de maintien de l’ordre, placés sous la coordination des gouverneurs des régions », n’avaient pas pu empêcher la série d’accidents et de décès.

Zéro accident

Souvenez-vous. Nous sommes le 26 décembre 2020. Sur la Route Nationale N°4, au lieu-dit Ndikiniméki, le gros porteur de marque Mercedes, immatriculé LT130 IQ « appartenant à la société de transport inter-urbain avenir-voyages », et circulant « en excès de vitesse manque de maîtrise, percute violemment un camion (non identifié et en fuite) perd le contrôle, dérape sur une distance d'environ 100m, survole le cours d'eau et s'en va buter le talus de l'autre côté.
Près de 50 personnes perdent la vie. Et 21 blessés graves (bilan provisoire) sont sortis du véhicule accidenté, et évacués à l'hôpital de district de Ndikinimeki et au Centre Médical d'Arrondissement de Makenene. La plupart n’ont pas encore été identifiés.

Le même jour, un autre véhicule de marque Mercedes immatriculé LT 602 GE de la même agence, avec à son bord 70 passagers, est lui aussi victime d’accident. Le conducteur, en excès de vitesse, aurait perdu le contrôle de son véhicule avant de finir sa course folle sur un talus à 30 mètres du premier accident. Aucun blessé n’est heureusement enregistré.
Au courant de la même journée, cette fois dans la région du Sud, trois personnes meurent sur la route Mengong-Sangmélima, après la perte du contrôle d’un autre véhicule. Parmi les personnes décédées, figure le commissaire Jean Claude BOMO, en service à la Brigade Messamendongo.

Constat

Mon émotion vient aussi de ce que, pour le Ministre des Transports, il ne s’agit pas d’un échec des campagnes de prévention et de sécurité routières. Mais de « la négligence d’une part, des compagnies de transport interurbain et d’autre part, des transporteurs de marchandises ». Une façon pour lui d’ignorer les observations faites par l’ONU dans le rapport sur la sécurité routière au Cameroun présenté avec faste et solennité par Jean Todt en 2016 au Palais des Congrès de Yaoundé. Rapport dans lequel les auteurs insistaient sur l’inefficacité des campagnes de prévention et de sécurité routières.

Selon les données officielles, les routes interurbaines font plus de morts que les routes urbaines. Dans la plupart des cas, ces accidents sont causés par des gros porteurs des agences de transport de personnes, et par les camions. Si le Ministre des Transports a mené plusieurs opérations d’assainissement, notamment dans les compagnies de transport interurbain de personnes, ces mesures ne sont pas efficaces. Chauffeurs à la formation douteuse, mauvais état technique des véhicules, absence de ceintures de sécurité, surcharges, excès de vitesse, somnolence au volant…sont les causes connues des accidents de la circulation. Le Ministère des Transports, en autorisant certaines compagnies à augmenter le nombre de sièges sur certains véhicules (30 places dans des cars conçus pour 26 places) met à mal la sécurité des passagers. Il suffit d’observer les véhicules de type Coaster pour comprendre. Cinq personnes assises sur les rangées conçues pour quatre, au vu et au su des équipes de contrôle…

Mesures

Déverser des centaines de personnes sur les routes pour les opérations de prévention et de sécurité routières ne fera jamais diminuer le nombre d’accidents. Elles n’ont pour seul avantage que d’enrichir certains agents corrompus. Pour moi, les actions du ministre des Transports doivent se faire en amont. La digitalisation du système de délivrance de la vignette de visite technique, censée sortir des routes les véhicules en mauvais état selon le Ministre des Transports ne porte pas les fruits. En tout cas, je croise, chaque jour, des véhicules qui n’ont plus le droit de se retrouver sur nos routes. Il y a une nécessité de resserrer le contrôle dans les centres qui, selon certains automobilistes, sont encore poreux.
Un contrôle accru dans les agences hebdomadaire ou mensuel pour s’assurer de la qualité technique des véhicules (systèmes de freinage, état des pneus...), de la formation des chauffeurs, du respect des heures de repos de ces derniers. S’assurer de la qualité technique des camions (grumiers, camions de sable, camion-citerne…). Et rendre efficaces les opérations d’enlèvement des épaves sur les routes.

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