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General News of Tuesday, 9 June 2020

Source: Sans Détour N°354

2ème mort du patriarche Bamiléké Victor Fotso


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Dissonances entre les quelque 150 enfants et la -vingtaine de veuves du défunt, implication jugée pernicieuse de l’autorité administrative et politique, bataille judiciaire pour la remise de la dépouille, et distanciation de celui qui aurait été le porte-flambeau de la famille… La préparation des obsèques du Patriarche Victor Fotso offre à la face du monde un cocktail Molotov mettant en scène une famille désunie, dont la déflagration importerait défavorablement une succession qui mérite d’être préservée à plusieurs égards.

L’immensité de son œuvre et sa grandeur d’homme valent à l’homme d’Affaires Victor Fotso, décédé en région parisienne le 19 Mars 2020 des suites de maladie, des obsèques bien relevés et dignes de son rang. Pourtant depuis quelque temps, une avalanche de faits et d’agissements jettent sur la préparation de cet évènement des craintes d’un fiasco à redouter. Les réseaux sociaux s’enivrent de sorties malencontreuses sur la gestion de l’organisation de ces obsèques prévus le 20 juin prochain.

D’après des déclarations de certains membres de la famille, le consensus, à défaut de l’unanimité, est loin d’être de mise autour de cette préparation, avec des camps bien tranchés, qui se livrent à une adversité autant ouverte que feutrée, et épouvantable. Dans une correspondance adressée au Gouverneur de la région de l’Ouest le 28 mai dernier, un collectif des épouses de feu Victor Fotso, une vingtaine environ, décrites par certaines sources comme les plus indigentes, exprime sa vive désapprobation des manœuvres qui sont en cours d’orchestration et de téléchargement autour des obsèques de leur défunt époux.

«Nous avons été surprises de voir débarquer à la résidence Fotso Victor une délégation formée des autorités de Band-joun (Préfet, Maire, Commissaire, Commandant, la Belle-mère… ) pour la préparation des obsèques de notre époux », s’offusquent-elles. Avant d’ajouter, « La date du 20juin 2020 est retenue par une minorité d’enfants soutenus par le Préfet du Nkoung-Khi pour cet évènement. C’est ainsi qu’avant la tenue du Conseil de famille, Monsieur le Préfet avec quelques personnes sont venus enfreindre à la loi en enlevant les scellés sur les portes de la résidence de notre feu époux et emporté des objets sans le mandat de la famille ».

Sacrilège ! Si ces révélations venaient à s’avérer, on ne serait pas loin d’une profanation pour qui connait la portée traditionnelle de l’ouverture des portes d’un patriarche décédé dans la culture ba-miléké, de surcroit d’un de l’acabit de Victor Fotso. De quoi s’interroger sur cet activisme des autorités publiques dans l’organisation des obsèques de l’ancien maire de la commune de Pette Bandjoun, qui pourrait s’avérer détonateur d’une implosion familiale aux conséquences redoutables sur la succession de l’Homme d’affaires.

Pour cause, ces veuves contestataires, présentées comme majoritaires au sein de la famille Fotso Victor, n’entendent pas se laisser conter l’organisation des obsèques de leur époux. « Nous, épouses Fotso, tenons à réaffirmer que la date du 20 juin 2020 n’a pas été retenue de manière consensuelle par la famille, et qu ’un clan ultra minoritaire est entrain de s’accaparer ces obsèques pour les organiser au rabais, en mettant à sa solde la plupart des autorités administratives du Nkoung-Khi, en tête desquelles le préfet. Nous ne pouvons pas admettre qu’on puisse organiser les obsèques de notre époux sans nous associer et sans même demander notre avis », s’insurgent-elles.

Virage judiciaire

Il est désormais établi que la famille Fotso est divisée à l’occasion de ses obsèques officielles. Ces veuves contestataires, de même qu’une frange des enfants, viennent de recourir à l’expertise d’un conseiller juridique pour la défense de leurs droits. Après avoir désigné John Fotso, vraisemblablement l’un des fils du défunt, pour accomplir en leurs noms les formalités requises en vue du rapatriement du corps de patriarche, ils viennent de constituer Me Apolin Pepiezep Pehuie, avocat au barreau des Hauts-de Seines en France, pour agir en leur nom devant les instances compétentes.

Dans la foulée de la lettre des veuves au gouverneur de la région de l’Ouest, ce dernier a saisi la 1er juin le Consul Général de l’ambassade du Cameroun à Paris pour exiger de ne reconnaitre que le Sieur John Fotso comme mandataire désigné de la famille pour le rapatriement de la dépouille de Victor Fotso. « Que les épouses et enfants du de cujus dans leur majorité, ont mandaté Monsieur Fotso John aux fins d’accomplir en leurs noms l’ensemble des formalités requises en vue du rapatriement de la dépouille de leur défunt père ou mari au Cameroun, après que le procureur de la république se soit prononcé », peut-on lire parmi les attendus qui fondent cette saisine.

Plus grave, on apprend de la correspondance de Me Apolin Pepiezep qu’une plainte avec constitution de partie civile a été déposée auprès Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nanterre, pour mort suspecte, « au regard des circonstances de son décès, des mouvements sur ses comptes personnels, et celles des sociétés familiales quelques jours avant et après son décès».

Un virage judiciaire qui trahit l’ampleur de la querelle, qui constitue déjà pour le gouvernement et les autorités consulaires du Cameroun en France une patate bien chaude. Suite à cette saisine, le Consul général de la république du Cameroun à Paris à son tour a saisi le ministre des Relations Extérieures, Lejeune Bella Bella, le 04 juin dernier, pour conduite à tenir.

Yves Michel Fotso

Que feront le Gouverneur de la région du l’Ouest et le Minrex face à cette montée d’adrénaline ? Certaines sources laissent entendre que Fonka Awa Augustine envisagerait d’organiser une palabre familiale dans les jours qui viennent avant l’organisation de ces obsèques. Néanmoins pour de nombreux observateurs, l’ambiance sulfureuse qui règne autour de l’organisation des obsèques de feu Fotso Victor ne garantit pas une sortie de crise sans une décision redoutée des hautes autorités de Yaoundé.

En effet, la sortie épistolaire des veuves frustrées de Victor Fotso faisait suite à une autre correspondance au vitriol adressée par Christelle Nadia Fotso, l’une des filles du De Cujus, adressée cette fois au ministre Edouard Akame Mfoumou, mandaté par le comité central du Rdpc pour superviser pour le compte du parti au pouvoir l’élection du remplaçant de Victor Fotso à la tête de l’exécutif de la commune de Pette Bandjoun.

Devenue virale sur les réseaux sociaux, cette lettre de Christelle Nadia Fotso est une véritable diatribe contre le mandataire du Rdpc, voire contre le régime de Yaoundé. « Mon but est d’exprimer une douleur indescriptible que je partage avec des mères, sœurs et frères qui ont perdu un époux et un père. Nous avons tous assisté impuissants à sa deuxième mort le 11 mai dernier (Référence à l’élection du nouvel exécutif de la commune de Pette Bandjoun, Ndlr), Bandjoun a été déshonoré et la mémoire du patriarche Fotso profanée… ».

Des mots durs qui expriment la colère d’une bonne partie des ayants-droits du patriarche face à l’implication des hommes politiques dans sa succession. « Je refuse de penser qu’un homme de lettres ait pu agir avec autant de désinvolture sur les terres ancestrales où est né le patriarche Fotso, sans discuter avec ceux de sa famille qui savent qu’une dépouille est sacrée et qu ’il est plus que déshonorant de bafouer sa mémoire en rabaissant son village et la fonction qui a été la sienne pendant presque 24 ans », dévoile un autre extrait de cette correspondance véritablement incendiaire.

Et Christelle Nadia de conclure : « Ce que le parti présidentiel doit à mon père, c’est de respecter ses dernières volontés en dépolitisant sa mémoire pour nous aider à préserver son patrimoine et construire Bandjoun en rappelant ainsi que le patriarche Fotso était avant tout un mythique industriel et un homme du peuple ».

Des propos enragés et détonants qui donnent la tonalité de ce que seront les obsèques de Victor Fotso, si jamais ils sont maintenus au 20 juin prochain, sans un minimum de consensus familial et politique. Surtout que Yves Michel Totso, le plus connu et le plus vaillant de sa grande progéniture est jusque-là tenu loin des micmacs qui semblent meubler l’organisation de ces obsèques.

Embastillé dans le cadre de l’Opération Epervier, et bénéficiant d’une évacuation pour raisons sanitaires au Maroc, des supputations s’entrechoquent sur son hypothétique présence à ces obsèques, lui qui de l’avis de nombreux amis de la famille, était le seul à pouvoir réconcilier ses membres et faire taire les voix discordantes. Et si la guerre de succession était déjà ouverte alors même que le capitaine d’industrie, l’icône du monde des affaires et l’humaniste hors échelle n’est même pas encore inhumé… Pour tout ce qu’il a été pour sa famille, pour Bandjoun, pour le Cameroun et la postérité, Victor Fotso mérite beaucoup mieux que l’ingratitude des hommes.

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