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General News of Tuesday, 6 April 2021

Source: www.camerounweb.com

06 avril 1984: ils ont échappé à la mort il y a 37 ans

A l'occasion de la commémoration du 37e anniversaire de putsch raté dont a été victime le président de la République Paul Biya, le journal "LE JOUR" revient sur comment certains cadres de la région septentrionale du pays ont échappé à la mort.

Selon le journal, ces personnalités ont été "faussement impliquées dans cette tentative de coup d’Etat". LECTURE.

Les débuts de règne du président camerounais ont été ébranlés par un putsch raté, le 6 avril 1984. Mais, c'est aussi ce qui a permis à Paul Biya de consolider son pouvoir depuis bientôt quarante ans.

A cette occasion, nous allons évoquer le souvenir de quelques personnalités faussement impliquées dans cette tentative de coup d’Etat et qui ont été ou sont aujourd’hui collaborateurs du président ou parlementaires du parti au pouvoir.

1) Issa Tchiroma Bakary: «Elément dangereux à surveiller de près»

Issa Tchiroma Bakary

Après six ans de prison à Yoko, le Ministre de l’Emploi s’applique aujourd’hui à polir l’image de son «bourreau» d’hier. Son parcours est inhabituel. Le dernier de la classe durant ses premiers mois à l’école des cheminots de Douala est aujourd’hui ministre de la Communication. Poste qu’il cumule, depuis mars dernier, avec celui de président du conseil d’administration de la Crtv. De son fauteuil de « porte-parole » du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary pensera-t-il ce jour aux évènements du 06 avril 1984? Rien n’est moins sûr, beaucoup d’eau ayant coulé sous les ponts. Ingénieur mécanicien de chemin de fer, Issa Tchiroma est chargé d’études à la Regifercam, à l’époque des faits.

Dans une interview accordée à Mutations en 2009, il raconte que le 06 avril 1984, c’est une ville morose qu’il a traversée à bord de son véhicule pour se rendre à son travail, après avoir déposé ses enfants à l’école publique de Bonanjo. Faute d’informations, il ne pouvait dire avec exactitude ce qui se passait. Entre le 09 et le 19 avril 1984, jour de son arrestation, son domicile et son bureau avaient été fouillés neuf fois, de fond en comble. Issa Tchiroma fut également pris en filature. Catalogué comme «élément dangereux à surveiller de très près», il fut conduit à la Direction de la police judiciaire à Yaoundé. Puis, placé en détention provisoire à Kondengui, où il partagera son quartier avec Marafat Hamidou Yaya, Marcel Niat Njifenji, Issa Bakari, Dakolé Daïssala, Garga Haman Adji, Amadou Bello et Bobo Hamatoucour. Devant le Tribunal militaire de Yaoundé, Issa Tchiroma, qui avait entretenu une relation privilégiée avec Ahmadou Ahidjo quand il était encore président de la République, doit se défendre de quatre chefs d’accusation: assassinat, tentative d’assassinat, destruction de biens publics et apologie du crime. Me Yondo Black, son avocat, ne réussira pas à convaincre de son innocence et il est incarcéré à la prison de Yoko où il doit cultiver macabo, manioc, tomate et patate pour se nourrir. A la faveur de l’amnistie du 17 janvier 1991, Issa Tchiroma est libéré. Il retrouve sa ville natale où il organise « la marche de Garoua ». Une manifestation pour appeler à la libération de tous les détenus du 6 avril 1984. En 1992, il milite à l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), le parti créé par Samuel Eboua. Suite à une alliance entre ce parti et le Rdpc, il est nommé ministre des Transports, poste qu’il occupe jusqu’en 1996. En 2007, Issa Tchiroma crée son parti, le Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc). L’année d’après, accompagné de feu Antar Gassagai, il se lance corps et âme dans une campagne pour la modification de la Constitution.

2) Dakolé Daïssala: Il avait stocké du riz

Dakolé Daïssala

Interpellé en 1984 après la tentative de coup d’Etat, l’ex-Dg de la Sotuc passe sept ans en prison. L’ancien ministre des Transports, Dakolé Daïssala, passe désormais l’essentiel de son temps dans son village natal, Goundaye, arrondissement de Taïbong situé dans le département du Mayo Kani, région de l’Extrême-Nord. Depuis sa sortie du gouvernement, il a presque abandonné sa résidence du quartier Bastos à Yaoundé, ainsi que le stress et les tourments de la vie urbaine, pour la quiétude de Goundaï. 37 ans après le putsch manqué du 6 avril 1984 contre le régime du président Paul Biya, Dakolé Daïssala ressasse de vieux souvenirs douloureux. Lui qui a été emporté dans la vague des arrestations qui a suivi ce putsch manqué. Directeur général de la Société des transports urbains du Cameroun (Sotuc) à l’époque des faits (1975-1984), mais surtout ressortissant de la même aire géographique que l’ancien président Amadou Ahidjo, alors soupçonné par le pouvoir de Yaoundé d’avoir commandité le putsch, Dakolé Daïssala ne pouvait être qu’un suspect.

Un délit de faciès en quelque sorte ! Il sera limogé de son poste de directeur général de la Sotuc et interpellé par la Sécurité militaire (Semil). Une anecdote raconte que les agents de la Semil ont trouvé dans son domicile d’importantes réserves de nourriture, notamment de grandes quantités de riz. Ils lui ont demandé ce qu’une telle accumulation cachait. Hilare et décontracté, rapporte une source proche de son entourage, Dakolé Daïssala leur aurait répondu qu’il est originaire d’une région où on a la culture du grenier. Ceci n’empêchera pas ses bourreaux de l’embarquer et, plus tard, de le transférer à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, d’où il sera en définitive embastillé à la prison de production de Sa’a dans le département de la Lékié. Il passe sept ans de réclusion sans que lui soient notifiées d’éventuelles charges. En 1991, il retrouve la liberté. Deux ans après sa sortie de prison, il publie aux Editions du Jaguar « Libre derrière les barreaux », le livre témoignage sur sa vie carcérale. Une fois libre, Dakolé Daïssala fonde un parti politique, le Mouvement pour la défense de la République (Mdr). Lors des élections législatives de mars 1992, son parti remporte six sièges de députés dans la province de l’Extrême-Nord. Dakolé forme une alliance avec le Rdpc, grâce à laquelle le parti au pouvoir peut conserver la majorité à l’Assemblée nationale. En récompense, il est nommé ministre d’Etat chargé des Postes et Télécommunications. Son parti obtient d’autres portefeuilles ministériels. Dakolé Daïssala est né le 15 avril 1943. Le même mois que celui choisi par les putschistes en 1984, pour renverser le régime de Paul Biya. Administrateur civil hors classe, il est diplômé de l'Institut des hautes études d'outre-mer, section administration publique de Paris.

3) Marafa Hamidou Yaya: Sauvé par son épouse

Marafa Hamidou Yaya

Le ministre des Forces armées, Gilbert Andzé Tsoungui, donne l’ordre de le faire descendre du camion qui transporte les complices des mutins. Au lendemain du putsch manqué du 6 avril 1984, Marafa Hamidou Yaya est arrêté et embarqué dans un camion contenant des mutins et leurs complices, en partance pour Mbalmayo pour des exécutions sommaires. Il a la vie sauve cette nuit-là grâce à son épouse. C’est à la suite des suppliques de celle-ci qu’il sera extrait du camion. C’est feu Gilbert Andzé Tsoungi, alors ministre des Forces armées, sensible aux suppliques de la jeune dame, qui prend la décision de faire descendre du camion Marafa Hamidou Yaya. Né en 1952, il obtient une licence en géologie à l'Université de Yaoundé en 1976. Il part ensuite pour les Etats-Unis à la suite d'un concours lancé par l'African-American Institute (Aai). Il obtiendra un master of science in petrolum engineering à l'université du Kansas. Dans la même université, il se verra confier de 1978 à 1980, un poste d'assistant de recherche. A son retour au Cameroun, il est recruté comme enseignant à l’ancienne université de Yaoundé. Il engage par la suite une carrière en entreprise qu’il débuté en mai 1980 comme ingénieur de pétrole à Elf Serepca. Il sera ensuite, chef de département exploitation-production à la société Nationale des Hydrocarbures (Snh) du Cameroun, conseiller technique dans la même structure entre 1990 et 1992. C’est au début des années 90, précisément en novembre 1990, qu’il fait son entrée au gouvernement comme secrétaire d’Etat n°2 au ministère des Finances.

4) Adama Modi: Son épouse retrouvée morte à son domicile

Adama Modi

Lors de la session d’ouverture de la présente législature en septembre 2007, Adama Modi, décide de présenter sa candidature au poste de président de l’Assemblée nationale face à Cavayé Yéguié Djibril, le candidat investi par le Rdpc. Le fait est inédit dans l’histoire du Renouveau et fait couler beaucoup d’encre et de salive. Après cet acte considéré au sein du Rdpc comme un acte de défiance à l’égard de la "hiérarchie" du parti, certaines rumeurs ont laissé croire que son geste est signe de « vengeance » à l’égard du régime en place pour les supplices lors du coup d’état du 6 avril 1984. Au lendemain de ces tristes événements en effet, il subira de nombreuses exactions. Son épouse sera d’ailleurs retrouvée morte, atrocement assassinée, dans son domicile. Un décès en rapport avec les événements du 6 avril 1984, et qu’il n’a jamais oublié. Agé d’environ 62 ans, Adama Modi voit le jour dans une famille de Moulvoudaye dans le Mayo-Kani, région de l’Extrême-Nord. Administrateur civil diplômé de l’école nationale d’administration et de magistrature (Enam), il a débuté sa carrière dans l’administration publique en janvier 1974. De sa carrière d’administrateur, on retiendra son bref passage au gouvernement comme secrétaire d’Etat au ministère de l’Administration territoriale (Minat) entre mars 2000 et avril 2001. Le Minat était alors dirigé par Ferdinand Koungou Edima. Le passage d’Adama Modi dans ce ministère sera caractérisé par un acte de défiance à l’égard de son patron. Il avoue aujourd’hui avoir voulu faire comprendre à Ferdinand Koungou Edima, qu’on ne lui marche pas impunément sur les pieds. En 1997, il siège à l’Assemblée nationale comme député Rdpc du Mayo Kani sud.

5) Amadou Vamoulké: «C’était de la calomnie»

Amadou Vamoulké

L’ancien directeur général de la Cameroun radio television avait été dénoncé par des gens à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Quelques jours après le coup d’Etat manqué du 6 avril 1984, Amadou Vamoulké, alors rédacteur en chef du journal Cameroon Tribune, avait été interpellé et appelé à répondre à la direction de la Police judiciaire à Yaoundé. Il lui était reproché d’avoir tenu des réunions secrètes avant le putsch cette année-là. « Quelques heures avant son interpellation, son bureau avait été fouillé par des policiers qui nous ont appris que notre rédacteur en chef était quelqu’un qu’il fallait surveiller de près », confie sous anonymat, un de ses anciens collaborateurs à Cameroon Tribune. Pour ces « réunions secrètes », Amadou Vamoulké avait été interrogé à la direction de la Police judiciaire à Yaoundé, puis relaxé quelques heures après. « J’ai été appelé à répondre à un questionnaire qui m’a été soumis, ce que j’ai fait. Tout ce que je retiens de cette histoire, c’est que c’était de la calomnie car, rien de tout ce qui m’a été reproché n’était vrai. Mes calomniateurs ont fait savoir que je tenais des réunions pernicieuses et secrètes avant le putsch et que ma secrétaire aurait pris des notes. Ma secrétaire a été interrogée à ce sujet et elle a nié tout ce qui avait été dit sur elle. Le plus étonnant est que toutes les histoires sur moi ont été racontées par des gens à qui on donnerait le bon Dieu sans confession », regrette Amadou Vamoulké,. « Quelques temps après mon audition, j’ai été libéré, puisqu’il n’y avait aucune preuve contre moi. Je n’ai pas été conduit en cellule comme l’ont prétendu certains », poursuit Amadou Vamoulké. Après avoir été libéré, Amadou Vamoulké est retourné à son bureau à la Société de presse et d’édition du Cameroun (Sopecam), où il a continué à assumer sa fonction de rédacteur en chef de Cameroon Tribune et n’a plus jamais été questionné au sujet du putsch manqué de 1984 : « tout s’est arrêté là"

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