Vous-êtes ici: AccueilInfosRéligion2019 02 19Article 456727

Réligion of Tuesday, 19 February 2019

Source: 237online.com

SODOMA : le livre-choc qui détruira le Vatican

En août 2018, dans l’Etat de Pennsylvanie, une enquête des services du procureur met en lumière les sodomies et abus sexuels perpétrés par plus de 300 prêtres et couverts par l’Église catholique ; « au moins mille enfants » en ont été victimes.

Presque tous les cas sont prescrits, autrement dit, la justice ne peut plus être saisie pour les juger, mais des dizaines de noms sont dévoilés par les jurés chargés du rapport final. Selon le procureur général de Pennsylvanie chargé de l’enquête, dans certains cas « le Vatican était au courant des abus et était impliqué dans leur dissimulation ».



Dans l’Etat de l’Illinois, une autre enquête révèle que des accusations d‘agressions sexuelles sur mineur dans les diocèses de l’Illinois au cours des dernières décennies visent 700 prêtres catholiques. Les diocèses révèlent les noms de 185 d’entre eux.
En décembre 2018, le pape François écarte le cardinal Francisco Errázuriz de son cercle de proches conseillers, le « C9 », soupçonné d’avoir couvert la pédophilie d’un prêtre chilien. Une décision qui intervient quelques temps après la publication d’un rapport d’enquête dirigé par Mgr Scicluna, mandaté par le pape. Selon la télévision chilienne, il est question dans ce rapport de « gravissimes négligences dans la protection des enfants vulnérables de la part d’évêques et de supérieurs religieux ».

Toujours en 2018, l’archevêque australien Philip Edward Wilson démissionne après avoir été condamné à un an de prison pour avoir couvert des actes pédophiles, et le cardinal australien George Pell, responsable des affaires économiques du Vatican, est jugé pour des accusations d’agressions sexuelles, est lui aussi écarté du « C9 » par le pape et est reconnu coupable d’agression sexuelle sur des mineurs.

Encore en 2018, Régis Peyrard, un ancien prêtre aumônier de 85 ans, est condamné le 21 décembre par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, à dix-huit mois de prison, dont six mois ferme, pour des agressions sexuelles sur un mineur dans les années 1990. Il reconnait avoir fait des victimes mais la plupart des faits sont prescrits.



Tous ces scandales survenus l’an passé comme beaucoup d’autres encore, sont malheureusement, les plus récentes horreurs dévoilées dans la presse.
Ayant pris connaissance de ses manquements, l’État du Vatican s’active depuis quelques années à lutter contre ces fléaux qui sont d’une certaine manière, le fruit de son omerta institutionnalisée.

Une omerta, une loi du silence qui va sûrement ternir encore plus son image, dès la publication simultanée dans vingt pays et en huit langues, le 21 février, d’un livre poignant et troublant qui explore la place de l’homosexualité au cœur du Vatican.

Intitulé Sodoma, enquête au cœur du Vatican, cet essai de 638 pages s’épanche sur l’homosexualité au sommet de l’Église catholique alors même qu’elle condamne avec virulence cette orientation sexuelle.

Frédéric Martel, un écrivain et journaliste français est l’auteur de « Sodoma ». Pendant 4 ans, il a enquêté dans une trentaine de pays, notamment en Amérique latine et au sein même du Vatican. Il s’est entretenu avec des diplomates, des politiques, des journalistes, des dizaines de cardinaux, des centaines de prêtres et d’évêques, des militants gays, des prostitués, des policiers romains, des gardes suisses et même un confesseur de Saint-Pierre. Au total « près de 1500 personnes ». Il a passé au Vatican une semaine par mois, hébergé régulièrement dans la cité-Etat ou dans deux de ses dépendances à l’invitation de prélats qui étaient aussi des sources directes.

Il décrit une institution imprégnée d’une sociabilité, de références, de relations à forte prégnance homosexuelle. Le célibat des prêtres, l’interdiction du préservatif par l’Église, la culture du secret sur les affaires d’abus sexuels, la démission du pape Benoît XVI, la misogynie du clergé, la fin des vocations sacerdotales, la fronde contre le pape François : un même secret relie toutes ces questions. Ce secret a longtemps été indicible. Il porte un nom : Sodoma, en référence à la ville biblique de Sodome qui aurait été détruite par Dieu en raison de l’homosexualité de ses habitants.

L’idée de mener ses investigations s’est imposée à Frédéric Martel, d’après ses dires, après une rencontre pendant la promotion de son précédent livre, Global Gay : à la fin d’une conférence, un prêtre est venu vers lui et a commencé à se confier, livrant des éléments sur la présence très importante d’homosexuels aux postes de commandement de l’Eglise, c’est-à-dire au sein même de la curie romaine à Rome. Un secret de Polichinelle ? Oui, mais parmi les spécialistes de l’Eglise catholique chez qui cette réalité est connue depuis longtemps. Le mérite de Sodoma est de la décrire de façon précise, jusqu’aux bas-fonds de la prostitution autour de la gare Termini à Rome.

Ce livre révèle la face cachée de l’Église : un système construit depuis les plus petits séminaires jusqu’au Vatican, à la fois sur la double vie homosexuelle et sur l’homophobie la plus radicale. On y découvre les secrets de la plus grande communauté homosexuelle du monde. L’auteur établit d’ailleurs une sorte de théorie (probablement assez juste) : plus un prélat est publiquement homophobe et plus il mène une vie cachée d’homosexuel.
Tout ceci nous pousse à nous demander si l’Église sera elle aussi détruite comme la ville biblique de Sodome.

À cette interrogation, nous ne pouvons répondre que par l’incertitude. Le Vatican devra s’il veut survivre, affronter de pied ferme et la stature impériale, cet ouragan qui se profile. Il sera critiqué pour son hypocrisie. Il sera vilipendé par la planète entière. S’il veut survivre, il devra s’accepter et mettre enfin un terme à tout son omerta.

Dans cet essai, des ecclésiastes osent enfin briser le silence.
Une initiative à saluer qui intervient après cette déclaration du pape François : « l’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe ».

Des propos et des actes qui prouvent que l’Église catholique se métamorphose lentement et sûrement. Elle assume peu à peu ses fautes, ses tares, ses erreurs, ses « péchés ».

De toutes les façons, elle n’a plus vraiment le choix. S’adapter, s’accepter ou mourir. S’adapter, dire toute la vérité et trouver des solutions à tous ces maux qui la dévorent, qui la décrédibilisent et la désacralisent.

Toutefois, comme le signale Bernadette Sauvaget de LIBERATION, « Si l’Eglise collectivement doit être interrogée sur son homophobie, faut-il individuellement signaler des noms, comme celui de ce grand diplomate français au Vatican, aujourd’hui (qui plus est) décédé ? N’est-ce pas, au-delà des atteintes à la vie privée, sombrer, à son tour, dans une forme de moralisme, ou pire, dans un jeu de mauvais aloi ? ».