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General News of Thursday, 16 May 2019

Source: journalintegration.com

Etoudi: Biya prépare son testament pour le peuple camerounais

Etoudi Coup Detat Constitutionnel Paul Biya veut laisser quelque chose pour la postérité

L’anthropologue et patriarche Ekang déroule sa grille de lecture des tweets présidentiels.

Comment comprendre la récurrence des tweets du président de la République pour un homme qui autrefois, était peu bavard ?

Le public est assez ahuri de voir subitement que le chef de l’Etat qui ne communiquait pas beaucoup, soit devenu une récurrence communicationnelle d’après eux. Surprenant, il communique par tweet et ce depuis l’annonce de sa candidature à la récente élection présidentielle. Ma réaction est fort simple. Toute culture est dynamique. Aucune culture ne saurait évoluer si elle ne s’ouvre pas aux autres. N’oublions pas que le président Biya est un négro africain.

C’est un Bantou, c’est aussi un Ekang. Pour élargir, le Bantou est un homme de la chaleur communicationnelle. Il y a une question classique chez le peuple Ekang qui veut qu’on pose régulièrement la question. Que dit-on ? Et quand il n’y a personne pour réponse à cette question, là commence la rumeur. Et pour éviter que la rumeur ne s’ébranle, ceux dont on attend d’un certain discours, sont obligés de communiquer le plutôt possible afin de mettre fin à « Que dit-on » et à la rumeur.

Comment comprendre que cette spontanéité qu’une certaine opinion associe à l’âge du président?

Ce sont des non africains qui peuvent parler ainsi. Les gens estiment que Paul BIYA est au crépuscule de sa vie alors il donne son héritage à travers ses tweets. Ce qui renvoie à la parémiologie, c’est-à-dire ce qui s’apparente aux maximes et proverbes. Ce qui signifie que lorsqu’on est crépuscule de sa vie, l’on se doit de parler afin de laisser quelque chose à la postérité. Chez les Ekang, on ne meurt pas selon une chronologie qui a trait à l’âge. Ce n’est pas parce que l’on est sexagénaire, octogénaire ou centenaire, qu’on va mourir avant les enfants de 5 ou de 25 ans.

Oublions ces concepts que nous empruntons au contexte dit de civilisation. Tel est au crépuscule de sa vie donc, il va mourir bientôt. Regardons plutôt la posture du dirigeant négro africain. Chaque adulte sait qu’il peut partir à tout moment. Et pour ne pas partir sans avoir dit l’essentiel, l’adulte à partir de 60 ans commence à injecter progressivement des modalités de prise en charge de sa famille notamment ceux dont il a la gestion pendant qu’il est en vie. S’il ne commence pas maintenant, il peut le regretter. Peut-être que les tweets offrent une facilité de communication. Mais qui vous dit que le président ne communiquait pas d’une autre façon ?

Le président de la République a toujours communiqué. Ce qui est nouveau ici, c’est le moyen de communication, c’est-à-dire le tweet. Ce qui est sûr, c’est que le président dit des choses à ses plus proches collaborateurs. C’est sûr qu’il y a encore des choses plus sécrètes qu’il communique à ses proches que ces derniers ne sauraient dire publiquement.

Il y a une évidence, ceux qui sont autour du président, ont beaucoup à nous apprendre sur l’homme et sur ce qu’il dit concernant le Cameroun, le peuple camerounais. Pourquoi le président édifie-t-il à partir de son livre Pour le libéralisme communautaire ? Quel âge a le président à cette époque ? Il est un adulte et il communique. Mais à cette époque, les outils de communication ne sont pas les même qu’aujourd’hui. En communiquant par les tweets, le président suit l’évolution du temps.
Aujourd’hui, on peut tweeter. Et pourquoi ne pas le faire si par ce canal, on peut faire passer un message et atteindre facilement les masses ? On ne peut donc pas en vouloir au chef de l’Etat qui s’accommode aux réalités du moment.

Prenons le fond de quelques-uns de ses tweets notamment où l’on note des expressions telles que le pardon et le patriotisme. Comment comprendre cette tendance ?

Ce sont des thématiques conjoncturelles. C’est-à-dire celles qu’impose l’actualité camerounaise d’aujourd’hui. D’aucuns peuvent les qualifier de conjoncturelles. D’après moi, ce sont des redites. Le président a parlé de tous ces thèmes dans la plupart de ses discours. Ce n’est qu’une forme d’insistance par rapport à ce qu’il a déjà dit. Je ne suis pas de ceux qui pensent que c’est une nouveauté. Ce qui est nouveau ici c’est le canal, le moyen de communication. Pour moi, la seule innovation, c’est la modalité qu’offre le tweet.

S’il le faisait à la radio, à la télé et dans la presse écrite, certaines langues s’élèveront pour dire qu’il fait de trop. Rappelons-nous de certains membres du gouvernement qui étaient tout le temps à la radio, à la télé. Que n’a-t-on pas dit sur ces membres du gouvernement ? Le président n’est pas tombé dans ce piège. L’avantage du tweet, c’est sa concision. On peut l’injecter dans l’opinion sans que ça ne soit de trop. Les interventions à la radio et à la télé auraient pu déranger assez vite.